La 5eme réunion de l´Association des Sénats
d´Europe Prague, 6 - 8 octobre 2003
Notification des débats
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Chers collegues, chers amis, permettez-moi de vous
accueillir dans l’enceinte du Sénat.
Les cuivres que vous venez d’entendre sont l’oeuvre
du compositeur baroque tcheque Vejvanovský, laquelle fait office de
signal nous convoquant au vote.
Il y a trois ans, sur l’initiative de M.
Christian Poncelet, Président du Sénat de la République
française, plusieurs présidents de sénats d’Europe se réunirent a
Paris, afin de fonder cette association et de préciser les
orientations de son activité. C’était en novembre 2000. Depuis, les
délégations des sénats européens se sont déja réunies a quatre
reprises. Le nombre des chambres représentées a évolué: en 2002, les
chambres hautes de la Fédération de Russie et de Bosnie-Herzégovine
ont rejoint l’association. Nous avons également enregistré des
pertes dans nos rangs: en 2001 la Chambre des Régions croate cessa -
en raison d’importants remaniements constitutionnels - d’etre
membre. Dans le meme temps, la création d’une seconde chambre est
envisagée en Ukraine et des débats ont lieu en ce sens en Slovaquie,
voire en Hongrie. De nombreuses secondes chambres existantes
subissent des réformes qui modifient leurs compétences ainsi que
leur mode de constitution; le theme des secondes chambres est du
reste présent jusque dans les pays qui les ont abolies dans le
passé. Bref, la seconde chambre constitue dans les systemes
parlementaires européens (mais aussi ailleurs), un élément
relativement changeant et instable.
Je vais rappeler, en particulier a l’attention de
ceux parmi vous qui n’ont pas participé a toutes les rencontres qui
se sont tenues jusqu’ici, sur quels themes majeurs nous nous sommes
penchés lors des précédentes sessions.
Le Sénat français fut l’hôte de la premiere et
accueillit des débats portant sur le rapport des secondes chambres
aux collectivités territoriales.
Lors de la deuxieme réunion de travail, a
Bruxelles, nous avions examiné les impacts de l’activité des
secondes chambres sur la qualité des textes législatifs.
A Ljubljana, nous avons abordé les liens entre
bicamérisme, démocratie et société civile.
Enfin, la quatrieme réunion qui s’est déroulée a
Madrid, a été réservée aux fonctions de contrôle des secondes
chambres, ainsi qu’a leur rapport particulier avec les gouvernements
qui agissent au sein du Conseil de l’Union européenne comme
législateur européen.
Il est symbolique qu’il n’existe pas d’association
comparable pour les chambres basses, mais justement uniquement des
associations de chambres hautes ou secondes, peu importe leur nom.
Ceci est sans nul doute lié au fait que l’existence et la
signification politique des sénats sont régulierement remises en
cause et ce, dans la majorité des pays européens ou ce type
d’institution existe. Parfois, la critique porte sur son existence
meme, dans d’autres cas il s’agit d’une critique d’aspects concrets:
composition, activité, décisions particulieres. Dans certains pays
d’Europe, les secondes chambres ont meme été supprimées dans le
passé. Outre la Croatie déja citée le Danemark, depuis 1953, et la
Suede, depuis la fin des années 60, sont également retournés au
monocamérisme. Je tiens cependant a souligner que notre
Association n’a pas été envisagée comme un mécanisme de défense pour
des institutions menacées d’extinction. Nos rencontres n’ont donc
pas pour objet de manifester la solidarité de ceux qui luttent pour
leur survie. Il ne s’agit nullement de cela. Ce n’est pas une
approche défensive qui a caractérisé nos précédentes rencontres et
en tant qu’organisateurs de celle de Prague, nous veillerons a ce
que ce ne soit pas davantage le cas ici.
Le choix du theme pour vos allocutions
d’aujourd’hui et le débat qui va suivre correspondent a notre
résolution. Ce theme tend au contraire a indiquer que la seconde
chambre, si elle est bien conçue et judicieusement insérée dans le
cadre constitutionnel, ne devrait en aucun cas se trouver dans cette
posture exposée aux critiques de ses détracteurs. Par-la, j’entends
l’hypothese ou elle est constituée selon de sages procédures et
entretient un rapport équilibré avec la premiere chambre.
Et s’il s’agissait néanmoins de défendre quelque
chose, alors ce serait le bicamérisme comme expression d’une
certaine vision de la bonne gouvernance. Il s’agirait moins de la
défense de chacun des sénats européens que d’un mode de gouverner
qui ménage un large espace a l’expression du pluralisme des opinions
et préfere la minutie d’une appréciation répétée a la précipitation.
Puisqu’il est question d’équilibre, nous pouvons d’ailleurs
souligner qu’il existe une égale nécessité pour que la premiere
chambre soit bien conçue par rapport au sénat, sans quoi son
existence est, elle aussi, problématique. En fait, il n’est pas
question ici d’un quelconque ordre d’importance. Il y a - ou il n’y
a pas - une répartition fonctionnelle des tâches et des
responsabilités, propre a établir les conditions indispensables a un
parlement efficace.
Une telle répartition suppose une certaine tension
entre les deux chambres. Celle-ci ne doit toutefois etre ni trop
grande ni insuffisante. Certains rôles et avec eux certaines
responsabilités doivent donc etre partagés par les deux chambres,
sous peine que leurs relations ne soient placées sous le signe d’une
rivalité permanente, susceptible de renforcer les pouvoirs exécutif
et judiciaire aux dépens du législatif dans son ensemble. L’étendue
meme des tâches des gouvernements et des administrations
contemporaines plaide en faveur d’une répartition du travail non
seulement lors du contrôle de leur accomplissement, mais aussi lors
de l’approbation des lois de plus en plus complexes au moyen
desquelles on gouverne aujourd’hui. A propos du bicamérisme, Sir
Henry Maine soulignait laconiquement qu’il n’est pas question
« d’infaillibilité concurrente, mais d’une sécurité accrue
».
Le parlement bicaméral est de mon point de vue
adapté - je ne dis pas indispensable – a la fois aux sociétés
complexes, et a celles ou la démocratie n’est pas encore
profondément enracinée. Comment caractériser ces sociétés? Les
premieres sont celles qui présentent de fortes disparités, tant sur
le plan ethnique, que religieux ou historique; il ne s’agit donc pas
uniquement d’Etats fédéraux. Ici, c’est l’intéret pour une
représentativité affinée qui est essentiel. Les sociétés ou la
démocratie n’a pas encore de racines solides sont celles qui n’ont
pas encore connu d’alternances politiques pacifiques et répétées et
celles ou l’Etat de droit demeure incompletement réalisé. Dans ce
cas, ce sont les besoins de contrôle et d’équilibrage des pouvoirs
qui dominent.
Toutefois, des arguments existent également pour le
bicamérisme dans les pays relativement homogenes et aussi dans ceux
ou la démocratie - signifiant le pouvoir du peuple et aussi le regne
de la Loi - est assurée. Si nous laissons de côté ici la tentation
latente de chaque pouvoir de voir renforcer et étendre ses
prérogatives, un autre motif fort subsiste partout pour l’existence
des secondes chambres, dans l’exigence de qualité vis-a-vis des
textes de lois. Ce que nous appelons parfois un second regard, un
regard décalé dans le temps, au travers d’une nouvelle perspective,
a savoir le regard des secondes chambres, améliore généralement la
qualité des projets et propositions de loi présentés. Je ne fais pas
tant allusion a un meilleur contenu, dans la mesure ou une telle
évaluation est nécessairement relative, qu’a une amélioration du
processus législatif en lui-meme, permettant de garantir que les
voix des premiers concernés par une loi soient entendues.
Par ailleurs, la ou les secondes chambres sont plus
faibles au regard des prérogatives des chambres des députés, du
moins sont-elles en mesure de tester dans la durée la volonté de la
majorité parlementaire d’adopter un projet de loi. Un troisieme
regard est meme a disposition dans de nombreux pays – a travers la
possibilité d’un veto du chef de l’Etat et, surtout, l’existence de
juridictions constitutionnelles a meme d’annuler tout ou partie d’un
texte de loi. On arrive ainsi a satisfaire un ancien proverbe
tcheque qui doit sans aucun doute trouver son pendant dans d’autres
langues et cultures, a savoir “mesure deux fois avant de
couper”. Parfois on dit meme “mesure trois fois”.
La rencontre de Prague ne s’est donc pas fixé pour
objectif la défense de l’existence des sénats, mais celle du
bicamérisme en tant que tel. Au-dela, il s’agit pour nous ici de
nous interroger sur les conditions dans lesquelles le bicamérisme
est efficace. Du reste, seul un bicamérisme efficace est
défendable.
Pour cibler autant que possible nos débats, au vu
des contraintes de temps qui s’imposent a cette rencontre, nous
avons d’emblée proposé cette hypothese: le bicamérisme est efficace
si les deux chambres sont clairement différenciées. Il est a nous de
confirmer ou d’infirmer cette hypothese. Si nous la confirmons, il
serait utile de déterminer comment assurer une telle différenciation
ou plutôt sur quoi celle-ci doit porter en premier lieu: les
prérogatives, la composition politique, les méthodes de travail?
Dans quelle mesure est-il judicieux de faire répéter les memes actes
par les deux chambres, comment leurs rapports évoluent, selon que
leur composition politique est identique ou divergente, comment
réussit-on a préserver leur indépendance, vis-a-vis des intérets
qu’elles représentent et de quelle maniere les représentent-elles eu
égards a la domination qu’exercent les partis politiques? Pour etre
plus spécifiques, nous devrions examiner ici en quoi consiste
l’ensemble des moyens disponibles, qui permettent d’assurer une
claire différenciation des deux chambres du parlement.
Au début de notre échange, nous posons donc cette
question: une composition différenciée des deux chambres
constitue-t-elle la condition premiere de l’efficacité du
bicamérisme? En outre, a quel niveau doit se manifester cette
efficacité? Doit-elle concerner au premier chef la qualité des
textes législatifs, garantir le pouvoir du peuple, favoriser le
regne du droit plutôt que celui des hommes? De quelle maniere
assurer au mieux ces différents niveaux d’efficacité? Au moyen de
quels outils, si nous entendons par la les possibilités
constitutionnelles et législatives, pouvons-nous agir sur la
composition des deux chambres et la répartition de leurs
compétences?
De mon point de vue, la seule défense légitime de
nos institutions sénatoriales consiste en une défense de
l’efficacité du bicamérisme, laquelle se doit de toujours évoquer
ensemble les deux chambres. Une telle approche n’est pas seulement
plus légitime, mais aussi psychologiquement plus adaptée - au vu de
la tension occasionnelle qui regne entre les deux chambres, allant
parfois jusqu’a la rivalité. Cette démarche ne consiste donc
nullement a vanter l’excellence des secondes chambres et leurs
prétendus avantages par rapport a la chambre des députés, mais a
promouvoir les mérites du bicamérisme et a faire valoir les motifs
plaidant en faveur de ce systeme. Une telle argumentation ne saurait
provoquer, et encore moins augmenter, la tension saine et naturelle
qui doit prévaloir entre les deux chambres.
Voici nos hypotheses, les points de départ que nous
vous proposons en ce début de la cinquieme réunion de l’Association
des Sénats d’Europe. Je suis convaincu que notre discussion sera a
meme de confirmer ou infirmer ces affirmations ou du moins, de les
préciser. Cette derniere tâche est selon nous essentielle, car les
réponses définitives n’existent pas. Nous ne faisons que nous
rapprocher de la vérité, en formulant des hypotheses adéquates, a
savoir celles qui selon l’enseignement de Karl Popper,
s’exposent a etre réfutées. Il appartient a chacun d’entre nous, ici
présents, d’user de l’occasion pour confronter nos opinions,
comparer la théorie et la pratique des chambres que nous présidons,
afin d’approfondir notre connaissance des conditions qui justifient
et rendent efficace le systeme bicaméral.
Ce dernier se caractérise entre autre par le fait
que les secondes chambres, chose curieuse, y different souvent
largement les unes des autres. Cela tend a indiquer que si la
diversité des premieres chambres n’est pas aussi marquée que ne
l’est celle des secondes chambres, c’est parce que ces dernieres
doivent davantage s’adapter aux conditions spécifiques de chaque
pays. C’est la une condition sine qua non pour qu’elles
forment avec les chambres basses, des systemes cohérents et
efficaces.
Permettez-moi d’ajouter maintenant quelques
remarques d’ordre technique: grâce a vous et a vos collaborateurs,
nous avons collecté des questionnaires relatifs au sujet de nos
discussions. Ils seront joints en annexe aux actes de cette réunion.
Ceux-ci comporteront bien entendu vos contributions, les
interventions principales et celles faites lors des débats. En
conclusion, nous nous essaierons, en toute humilité et conscients
des risques que cela implique, de proposer une sorte de résumé de
cette rencontre. C’est pourquoi l’ensemble de nos débats sera
sténographié. Une fois le recueil terminé, il vous sera adressé par
courrier et sera mis a disposition sur le site Internet du Sénat
tcheque.
Les documents d’information sur le déroulement de
la journée d’aujourd’hui vous ont été distribués et se trouvent
devant vous. Tous les autres, notamment les contributions des
participants dont nous disposons sont a retirer dans le vestibule de
la Salle de réunion. Au meme endroit, un service permanent est
assuré pour répondre a toute demande ou requete de votre part, et un
téléphone, un fax et une photocopieuse sont mis a votre disposition.
Le centre informatique est situé au salon dit présidentiel, a droite
en sortant du vestibule. Quatre ordinateurs y sont connectés a
Internet.
La pause café aura lieu a 11 h dans les salons
Frýdlantský et Jièínský. Le déjeuner sera servi a 12h30 dans la
Salle a manger sénatoriale. Avant le déjeuner, nous nous rendrons
ensemble a la Salla Terrena du jardin du Palais Wallenstein, que
vous avez visitée hier soir afin d’y réaliser une photo de
famille.
L’ordre des orateurs sera déterminé en fonction de
l’alphabet tcheque, a l’exception bien sur de celles et ceux qui ne
souhaitent pas prendre part aux débats au travers de contributions
spécifiques. Les inscriptions au débat que vous avez a votre
disposition nous permettront de déterminer l’intéret de chacun pour
une participation active.
Vous avez déja connaissance de l’ordre du jour de
la réunion, y compris de la discussion d’actualité sur la Conférence
intergouvernementale, qui devrait etre aussi ouverte et informelle
que possible.
Parvenu au terme de mon intervention, je vais
rappeler encore une fois l’initiateur de nos rencontres, notre
collegue Christian Poncelet. Ceci est d’une certaine maniere
logique: le Sénat français constitue une sorte de modele « classique
». La France a en outre vu la naissance d’un penseur de génie, dont
les idées restent d’une parfaite actualité. Bien que le nom de
Charles de Montesquieu ne soit pas mentionné dans chaque
intervention, les références a la théorie de la séparation des
pouvoirs, aux checks and balances comme diraient les
Américains et les Britanniques, constitueront sans aucun doute l’un
des fils rouges de cette rencontre.
Notre bien cher ami Poncelet, par son idée
de procéder a un examen graduel du bicamérisme dans l’Europe
contemporaine, en tant qu’application de la théorie de la séparation
des pouvoirs au pouvoir parlementaire, a confirmé qu’il était digne
de la tradition de la pensée politique du pays de Charles de
Montesquieu.
Je prie donc Monsieur Christian Poncelet,
Président du Sénat de la République française, de bien vouloir
prononcer la premiere des interventions de la journée.
Monsieur Christian Poncelet, Président du Sénat
de la République française:
Monsieur le Président, mes chers collegues, chers amis,
Merci, cher Président Pithart, de nous avoir
conviés dans votre si belle capitale pour cette cinquieme réunion de
l’Association des sénats d’Europe.
Prague est une de ces tres rares villes qui sont un
condensé de l’histoire de l’Europe, de sa civilisation, de son
identité. Ici, nous sommes au cour de notre continent et nous
ressentons tout particulierement la signification de l’appartenance
a l’Europe.
Le theme de notre réunion est la différence de
composition des chambres dans nos systemes bicaméraux. Ce theme est
étroitement lié a celui du rôle confié a la seconde Chambre. Je vais
essayer de présenter le bicamérisme français sous cet angle.
En France, la seconde Chambre a été instituée, en
1795, pour jouer un rôle modérateur, en réaction aux exces d’une
assemblée unique qui avait fait régner la terreur – „Assemblée
unique, assemblée inique“. Depuis cette date, le bicamérisme est une
constante du paysage institutionnel français, a l’exception de la
parenthese de la deuxieme République, qui s’est mal terminée.
Mais comment composer la seconde Chambre pour
qu’elle exerce ce rôle modérateur? Sur ce point, nous avons tâtonné
pendant 80 ans.
Comme vous le savez, la France a longtemps connu
une grande instabilité dans ses institutions: nous avons changé 14
fois de Constitution depuis 1789. Ces changements ont notamment
permis d’essayer, de tester diverses formules pour la seconde
Chambre. Finalement, le systeme qui s’est imposé a partir de 1875
est le suffrage universel indirect, le corps électoral du Sénat
étant composé de représentants des collectivités territoriales. Ce
systeme a été choisi pour donner a la seconde Chambre une réelle
base démocratique, - une Chambre nommée n'aurait pas une légitimité
suffisante pour jouer un rôle de contrepoids - tout en lui conférant
le rôle modérateur inhérent au suffrage universel indirect, le Sénat
étant élu par des élus représentants des pouvoirs locaux.
II faut noter que dans le systeme français, depuis
1875, le corps électoral du Sénat est composé de représentants de
tous les pouvoirs locaux. Aujourd’hui, ce corps électoral est
composé de représentants des régions, des départements, et des
communes.
Pourquoi ce choix a-t-il été durable? D’abord,
parce que l’objectif poursuivi a été atteint. Le Sénat, élu au
suffrage universel indirect, n’a certes pas la meme légitimité
«démographique» que la premiere chambre, l’Assemblée nationale. Mais
il dispose d’une légitimité démocratique qui lui donne assez de
poids pour qu’il puisse jouer son rôle de force d’équilibre et de
contre pouvoir au sens de Montesquieu.
Ensuite, car ce systeme s’est trouvé en phase avec
une évolution profonde pour la France, qui est le mouvement de
décentralisation. En 1875, la France était un pays extremement
centralisé. Par étapes, elle a reconnu des pouvoirs plus grands aux
collectivités territoriales. Ce processus va s’accélérer avec la
récente révision constitutionnelle, qui consacre l'organisation
décentralisée de notre République, c’est-a-dire une République « des
territoires ».
De ce fait, le Sénat, assemblée parlementaire a
part entiere, a aujourd'hui un double rôle: il contribue a
l'équilibre des pouvoirs, et il assure la représentation des
pouvoirs locaux au sein du Parlement. Les deux assemblées du
Parlement français ont donc des missions et des modes d’élection
différents.
Pour etre équilibré, le bicamérisme doit etre
différencié et le Sénat ne saurait etre le double, la réplique de
l’Assemblée nationale.
Tout d’abord, la durée du mandat n’est pas la meme:
cinq ans pour les députés, six ans pour les sénateurs. La durée du
mandat des sénateurs était de neuf ans. Le Sénat a pris lui-meme
l’initiative de la ramener a six ans. C’est délibérément que nous
n’avons pas voulu la meme durée que pour les députés.
Ensuite, le mode de scrutin est différent. Les
députés sont élus au scrutin majoritaire. Les sénateurs sont élus
pour partie au scrutin proportionnel et pour partie au scrutin
majoritaire, selon la taille du département dans lequel ils sont
élus. Dans les départements les plus peuplés, ils sont élus au
scrutin proportionnel, avec une parité alternée « homme/femme »,
tandis que dans les départements moins peuplés, ils sont élus au
scrutin majoritaire.
Le renouvellement n’obéit pas non plus aux memes
regles. L’Assemblée nationale se renouvelle intégralement. Le sénat
se renouvelle par moitié tous les trois ans. L’assemblée peut etre
dissoute, le Sénat ne peut pas l’etre. En contrepartie, le Sénat ne
pas renverser le Gouvernement. Le Sénat est donc une assemblée
permanente.
Le nombre de ses membres est également différent:
il y a 577 députés et 321 sénateurs. Le nombre des sénateurs va etre
porté a 346, progressivement, entre 2004 et 2010 pour tenir compte
de l’évolution démographique de la France, comme nous l’a demandé le
Conseil constitutionnel.
Dans ce contexte, comment se présente la
composition politique des deux assemblées? Il n’y a pas de
différence significative pour la place des femmes (12% a l’Assemblée
nationale, 11% au Sénat) ni pour la composition socioprofessionnelle
(dans les deux cas, environ 40% sont issus de la fonction
publique).
Pour la composition politique, la comparaison n’est
pas facile a faire, meme si l’on prend seulement l’évolution depuis
1958, date de l’entrée en vigueur de la Constitution actuelle. En
effet, les groupes politiques n’ont jamais été completement les
memes a l’Assemblée nationale et au Sénat.
On peut cependant faire quelques observations
générales sur cette période:
- alors que la gauche a été majoritaire a l’Assemblée nationale
a plusieurs reprises, elle a toujours été minoritaire au Sénat
- au Sénat, les groupes politiques centristes (centre--gauche et
centre-droit) ont longtemps occupé une grande place, alors que
leur place était plus réduite a l’Assemblée nationale;
- l’extreme droite n’a jamais été représentée au Sénat;
- le parti communiste a eu longtemps une place plus réduite au
Sénat qu’a l’Assemblée nationale.
Aujourd’hui (depuis 2002), les groupes politiques
sont presque les memes a l’Assemblée nationale et au Sénat, avec,
dans les deux cas, un groupe dominant, l’UMP, qui rassemble 365
députés sur 577 a l’Assemblée nationale et 165 sénateurs sur 321 au
Sénat. En outre, le groupe communiste est désormais
proportionnellement plus important au Sénat, avec 23 membres sur 321
sénateurs alors qu’a l’Assemblée nationale il ne compte que 22
membres sur 577 députés. A plusieurs reprises, au cours des vingt
dernieres années, les majorités a l’Assemblée nationale et au Sénat
ont été d’orientations clairement opposées.
Comment cette situation s’est-elle traduite dans le
fonctionnement du bicamérisme? Naturellement, lorsque le Sénat se
trouve dans l’opposition, sa fonction de contrôle se trouve
revalorisée. Certes, cette fonction doit s’exercer de la meme
maniere quelle que soit la couleur politique de la majorité de
gouvernement. Mais son retentissement est plus grand lorsque le
Sénat apparaît comme une instance de critique et de
contre-proposition.
Qu’en est-il de la fonction législative? Le
bicamérisme «a la française» est en quelque sorte «a géométrie
variable ». C’est un bicamérisme égalitaire que le gouvernement - le
gouvernement, et lui seul -- peut rendre inégalitaire en donnant le
dernier mot a l’Assemblée nationale. Mais ce «dernier mot» est
soumis a certaines conditions.
Tout d’abord, tous les projets de loi, car le Sénat
dispose d’une compétence législative générale, sont soumis a la «
navette» entre les deux assemblées. Les dispositions qui, durant la
« navette », sont votées dans les memes termes par les deux
assemblées sont retirées de la discussion. La discussion porte
ensuite seulement sur les points de désaccord. Une commission mixte
paritaire est réunie pour examiner ces points de désaccord. C’est
seulement en cas d’échec de cette commission mixte paritaire que
l’Assemblée peut avoir le dernier mot. Ensuite, lorsque le
gouvernement lui donne le dernier mot, l’Assemblée est obligée de
reprendre le dernier texte qu’elle a voté, éventuellement complété
par certains des amendements adoptés par le Sénat.
Ainsi, la procédure législative, dans tous les cas,
favorise la reprise par l’Assemblée nationale des amendements
introduits par le Sénat. De ce fait, le Sénat conserve une influence
législative meme lorsque les deux assemblées ont des majorités
politiquement opposées. Dans ce cas de figure, environ la moitié des
amendements du Sénat sont repris par l’Assemblée nationale.
Lorsque les majorités sont convergentes, ce
pourcentage est naturellement beaucoup plus élevé et supérieur a 80
%, en moyenne, avec un taux de reprise record de 92 % lors de la
derniere session du mois de juin.
Il faut noter que, quelles que soient les
majorités, le recours au «dernier mot» de l’Assemblée nationale est
loin d’etre la regle. Depuis 1958, le «dernier mot» n’a joué que
pour un texte sur huit, soit seulement 13 % des textes. L’immense
majorité des textes (87 %) ont donc été adoptés par accord entre les
deux assemblées.
De cette présentation du systeme français, je
tirerai trois conclusions:
- d’abord, notre systeme a voulu différencier fortement les deux
chambres. Cette différenciation était jugée indispensable pour que
la seconde Chambre joue le rôle modérateur qui lui était attribué;
- ensuite, notre systeme encourage fortement la collaboration
entre les deux assemblées durant le processus législatif. Le
bicamérisme, c’est la garantie d’un double regard différent sur la
loi, comme l’a rappelé le Président Pithart tout a l’heure.
La loi est une chose trop sérieuse pour etre laissée a une seule
assemblée. Les meilleures lois sont celles coproduites par les
deux Assemblées;
- enfin, la fonction de représentation des collectivités
territoriales rend le Sénat complémentaire de l’Assemblée
nationale. L’Assemblée nationale représente la population et le
Sénat représente les territoires mais des territoires peuplés.
Ainsi, je résumerai le bicamérisme «a la française»
en trois mots: différence, collaboration et complémentarité.
Je vous remercie, chers amis, de m’avoir preté
attention.
Monsieur Petr Pithart, président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je vous remercie, cher ami Poncelet.
L’expérience française est particulierement pertinente. La France
est effectivement dotée d’un sénat offrant une perfection toute
classique. Nous aurons notamment tous retenu dans votre propos que
le Sénat fut créé comme instrument de défense contre la Terreur.
Mais aussi que le Sénat est présenté comme un modérateur. La
recherche de la position optimale du bicamérisme ayant été longue
dans votre pays, elle n’en est que plus riche d’inspirations. En
tout état de cause, il est évident que cette quete ne mene pas a la
simplicité, car la société n’est pas simple et la vie non plus.
Merci, notre cher fondateur Poncelet.
Et maintenant je donne la parole au président du
Sénat du Royaume de Belgique, Monsieur Armand De
Decker.
Monsieur Armand De Decker, Président du Sénat du
Royaume de Belgique:
Monsieur le Président, cher ami Petr
Pithart! Tout d’abord je tiens a vous remercier pour nous avoir
reçus a Prague, dans cette ville magnifique, au Palais Wallenstein
qui est un résumé de l’histoire de notre continent. Je suis heureux
que le Sénat de la République tcheque nous ait réunis aujourd’hui
autour d’une question tres importante, a savoir si une composition
différente des chambres est une condition préalable de l’efficience
du systeme bicaméral.
La formule du bicamérisme idéal poursuit
politologues et juristes depuis tres longtemps. Il existe une série
d’analyses dont nous pouvons tirer un dénominateur commun
généralement reconnu.
Dans un systeme parlementaire bicaméral la seconde
chambre se doit d’etre différente, car sans cette différence elle ne
ferait que double emploi avec les fonctions de la premiere chambre,
ce qui affaiblirait son bien-fondé. Un tel systeme serait un peu
lourd: un bicamérisme de deux chambres a composition identique
n’apporte rien. Si la discipline de parti demeure la meme, les
gouvernements n’autoriseraient ni l’une ni l’autre chambre a
modifier les principes régissant les projets de loi. Et enfin – et
c’est la principale réserve - les deux chambres seraient incapables
de se répartir le travail.
Dans la mesure ou les deux chambres sont a meme de
développer indépendamment leur culture, pourquoi le bicamérisme
égalitaire devrait etre inefficace, pourquoi n’aurait-il aucune
raison d’etre? En disant ceci, il nous faudrait dire dans le meme
temps qu’un bicamérisme inégalitaire n’aura pas tant de difficultés
a s’imposer. Monsieur le Président, vous avez dit a juste titre en
introduction que les systemes de seconde chambre different dans
chacun de nos pays, est c’est un trait typique des secondes chambres
par rapport aux premieres. Les secondes chambres font aussi souvent
l’objet de critiques: critiques des gouvernements, critiques des
premieres chambres car de par leur nature, comme l’a dit Monsieur
Poncelet, elles jouent le rôle de contrepoids
institutionnels.
Il est donc important que nous ayons en vue ce rôle
spécifique des chambres hautes si nous voulons conserver leur
signification. La spécificité de la seconde chambre peut etre
introduite tant au niveau de sa composition qu’a celui de ses
compétences. En 1831, lors de la création du systeme parlementaire
belge, les constitutionalistes opterent pour un bicamérisme
inégalitaire quant a sa composition. Le Sénat de 1831 fut, a
l’instar du Sénat napoléonien conservateur, rempli de représentants
de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Il devait jouer le
rôle de contrepoids face aux tendances progressistes, voire
révolutionnaires représentées au sein de la Chambre des
Représentants, malgré les rumeurs selon lesquelles c’était la
démagogie qui y régnait. Une telle spécificité est en contradiction
avec l’idée moderne de la démocratie. Nul ne sera étonné de
constater que le Sénat belge a perdu cette spécificité, ce trait
caractéristique, au cours des différentes révisions
constitutionnelles.
Au cours du XXe siecle, le bicamérisme
belge devint égalitaire tant dans sa composition qu’en matiere de
compétences. La Chambre et le Sénat ont la meme composition. Cela
veut dire que députés et sénateurs sont élus a la base des meme
criteres et la Chambre ainsi que le Sénat exercent les memes
pouvoirs.
La nature ne supporte pas le vide et n’aime pas non
plus le redoublement des fonctions. Les débats constitutionnels
n’échappent pas non plus a ces principes. Au cours des trente
dernieres années, la Belgique est devenue un Etat fédéral. Et cela
explique pourquoi le législateur introduisit a nouveau, en 1993, le
bicamérisme inégalitaire et la spécificité de chaque chambre, tant
dans les compétences qu’au niveau de leurs compositions
respectives.
Parmi les 71 sénateurs, 40 sont élus au suffrage
universel et expriment la nécessité de conférer au Sénat une
légitimité démocratique incontestable. Depuis la réforme de 1993, le
Sénat ne dispose plus de motion de censure a l’égard du gouvernement
comme c’était le cas sous la IIIe république en France, mais ne
dispose pas non plus de fonction d’arbitrage budgétaire qui est
réservée a la Chambre des Représentants. Le Sénat conserve toutefois
son rôle législatif qui est fondamental.
21 sénateurs sont désignés par les conseils des
communautés nationales en Belgique. Ces sénateurs sont élus aux
élections régionales et siegent selon leur appartenance a la
communauté flamande, wallonne ou allemande. Ces 21 sénateurs
assurent la représentation des Etats constituant la fédération.
Enfin, 10 sénateurs ne sont pas élus mais cooptés
par leurs collegues. Par la cooptation le législateur voulait
introduire dans la composition du Sénat, le facteur de l’expérience.
Ainsi, il transforme le Sénat en une chambre reposant sur la
réflexion et une pensée approfondie, soit en une chambre assurant la
qualité du processus législatif.
Apres la réforme de 1993, le Sénat se caractérise
par une composition hybride qui en reflete les nouvelles
compétences. Et c’est la regle fondamentale régissant tout corps
législatif. Il ne serait pas cohérent de séparer les compétences de
la composition, les deux composantes doivent etre en harmonie.
L’expérience belge nous apprend que la recherche d’un modele
permettant de mettre la théorie en pratique est un défi
considérable. Si cela devait etre l’ouvre des 21 sénateurs des
différentes communautés qui exercent un double mandat, ce serait une
faiblesse dans le bon fonctionnement du Sénat.
Comment envisager que les ensembles constituant la
fédération prennent part au processus législatif fédéral par le
biais du Sénat et que ce dernier reflete la structure du pays et
devienne le lieu de rencontre des régions et de l’Etat, si 21
sénateurs sur 71 devaient représenter l’ensemble des composantes de
la fédération? Et, par ailleurs, comment le Sénat peut-il accomplir
sa seconde fonction, a savoir légiférer et faire fonction de
réflexion, lorsque 21 sénateurs sur 71 exercent un double mandat et,
par conséquent, d’autres disponibilités horaires que les autres pour
leur travail?
Chers collegues, vous avez certainement remarqué
que les grandes visions constitutionnalistes se heurtent souvent a
la réalité. Lorsque cela se produit, il faut alors tenter de
parvenir a un compromis entre la théorie et la pratique, a savoir
modifier la composition du Sénat, afin de l’adapter a ses
prérogatives et devoirs. Pour ce qui est de la représentation des
entités constituant la fédération, a l’heure actuelle, plusieurs
modeles sont en lice en Belgique. On pourrait élargir le nombre des
sénateurs représentant les différentes communautés, ce qui est la
voie sur laquelle nous allons nous engager, tres vraisemblablement,
ou bien on peut rompre le lien entre les sénateurs des entités
constituant la fédération et les entités en question, et faire appel
a leurs suppléants.
Nous avons également remarqué que la fonction de
sénateur coopté devrait etre dotée d’un contenu nouveau car elle est
tres utile, de mon point de vue du moins. On pourrait ainsi appeler
au Sénat des représentants de la société civile selon leurs
expériences professionnelles ou autres, selon la valeur ajoutée
qu’ils peuvent apporter aux débats de cette chambre censée
introduire un surcroît de réflexion au processus législatif. A la
place, le sénateur coopté est souvent la personne qui n’a pas été
élue lors des élections précédentes et, éventuellement pour diverses
raisons d’équilibre au sein du parti, s’était retrouvée en position
non éligible sur le bulletin de vote. C’est ainsi qu’on examine
aussi différentes voies pour les sénateurs cooptés. Bien que la
constitution laisse certaines possibilités pour le suffrage direct,
les sénateurs cooptés, selon la premiere hypothese, pourraient
représenter certaines activités – le monde universitaire, la science
et la recherche. Il est possible d’envisager une autre solution, a
savoir que les sénateurs cooptés ne se soient pas présentés aux deux
élections précédentes, ce qui leur donnerait un profil spécifique
qui les distinguerait des sénateurs élus au suffrage direct, et ce
tant au Sénat qu’a l’échelle régionale.
Monsieur le Président, chers collegues, je ne suis
pas convaincu qu’une composition différente des chambres dans les
parlements bicaméraux soit une condition préalable a leur
efficacité, mais elle peut leur faciliter la vie. Une composition
différente est, a mes yeux, une absolue nécessité. Par contre, je
suis fermement convaincu que l’efficacité de n’importe quelle
institution parlementaire, et peu importe s’il s’agit d’un parlement
mono- ou bicaméral, dépend, en fin de compte, de la corrélation
entre ses compétences et sa composition. Je vous remercie.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je vous remercie, Monsieur le Président du Sénat du
Royaume de Belgique. Nous sommes ravis que la deuxieme allocution
nous ait apporté une voix polémique. Nous avons bien précisé que
l’hypothese soumise était a confirmer ou a réfuter.
La Belgique a vécu une toute autre histoire que la
France, elle s’est vue dotée d’une structure fédérale. Et pourtant,
elle a connu un tâtonnement similaire qui n’est pas encore parvenu a
son terme, comme l’a souligné Monsieur le Président. Nous avons en
particulier écouté avec attention les réflexions concernant les
diverses conceptions des sénateurs cooptés. Il s’agit la d’un sujet
ayant trait a la conception du Sénat comme chambre de réflexion,
d’expérience et de distance par rapport a la politique de tous les
jours. Je dirai que j’ai été particulierement intrigué par le début
de votre allocution selon lequel les deux chambres devraient
développer chacune leur propre culture, des cultures politiques, des
manieres de débattre et de prendre les décisions distinctes.
Quoi qu’il en soit, votre intervention aura été,
Monsieur le Président, particulierement stimulante.
A présent je donne la parole au Président de la
Chambre des nations de l’Assemblée parlementaire de
Bosnie-Herzégovine, Monsieur Moustafa Pamouk, qui est pour la
premiere fois l’invité de notre association. C’est d’autant plus
chaleureusement que je vous souhaite la bienvenue, Monsieur le
Président.
Moustafa Pamouk, Président de la Chambre des
nations de l’Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine:
Chers collegues, je vous salue au nom de la Chambre
des nations de l’Assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine, et
mes salutations vont au premier chef a Monsieur le Président du
Sénat de la République tcheque.
Je suis heureux d’etre parmi vous et de représenter
ici la Bosnie-Herzégovine, un Etat qui a traversé de graves
difficultés au cours de la période récente. Comme vous le savez,
nous essayons d’édifier un Etat démocratique qui, je l’espere,
rejoindra bientôt la construction européenne et deviendra une partie
intégrante de la grande famille européenne. Nous croyons en l’Europe
et aussi en la démocratie européenne. Ainsi pretons-nous une oreille
attentive a l’expérience des démocraties européennes, évoquée par
les collegues ayant pris la parole avant moi.
J’aimerais vous présenter le systeme qui fonctionne
maintenant en Bosnie - Herzégovine.
La Bosnie-Herzégovine est un Etat démocratique régi
par sa constitution et sa législation. Elle comprend deux entités,
la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la République serbe, et se
compose de ce que nous appelons les trois nations constitutives, a
savoir les Bosniaques, les Croates et les Serbes. Par ailleurs, la
Bosnie-Herzégovine compte nombre de minorités nationales qui
bénéficient de droits énoncés selon les normes européennes et
internationales. La constitution de Bosnie-Herzégovine confere des
droits a toutes les ethnies.
Selon la constitution de Bosnie-Herzégovine, c’est
l’Assemblée parlementaire qui est l’organe législatif supreme; elle
est formée par deux chambres, a savoir par la Chambre des nations et
la Chambre des députés. La Chambre des nations - ou Sénat - compte
15 membres élus au sein des trois nations constitutives. Cinq
membres du Sénat sont choisis dans l’entité dite République serbe,
dix élus par l’entité appelée Fédération de Bosnie-Herzégovine –
cinq Bosniaques et cinq Croates. Tous sont égaux; toutes les
décisions sont prises par les deux chambres sur une base
égalitaire.
A la différence de la Chambre des députés, le Sénat
bénéficie de deux spécificités, établies par la constitution par
voie réglementaire, a savoir le droit de dissolution et de décider
des questions d’intéret vital pour les nations de Bosnie-
Herzégovine.
De quoi s’agit-il? Vous savez qu’il y a eu un
conflit en Bosnie-Herzégovine que l’on pourrait qualifier de conflit
entre les nations, dans la mesure ou il a porté atteinte a certains
intérets nationaux. C’est pourquoi le Sénat s’est vu charger de la
protection des intérets nationaux et de leur maintien en situation
d’équilibre, permettant de solutionner toutes les questions. Cela
signifie que la Bosnie-Herzégovine est actuellement l’un des rares
Etats en Europe qui ne pourrait pas fonctionner correctement sans le
Sénat. Nous espérons qu’avec le soutien des sénats européens et
celui de l’Union européenne, le Sénat de Bosnie-Herzégovine pourra
améliorer la qualité de son travail dans les conditions qui sont les
nôtres.
Pour cette raison, je me suis proposé de vous
parler de ce que nous faisons actuellement en Bosnie-Herzégovine et
de vous assurer que nous assisterons a l’avenir a toutes les
réunions de cette association afin d’obtenir plus d’expériences et
de surmonter les obstacles qui nous attendent dans le processus de
l’intégration européenne.
Une fois de plus, je tiens a vous remercier et a
vous dire combien je suis heureux d’etre parmi vous.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je vous remercie, Monsieur le Président. Je crois
que nous avons, dans la grande majorité, entendu pour la premiere
fois parler de la structure de votre parlementarisme, qui commencera
a peine a faire l’objet d’études détaillées et se trouve désormais
intégré a toutes sortes d’approche comparative. A premiere vue, il
semble que votre Sénat trouve sa raison d’etre dans le caractere
particulierement complexe de votre société. C’est probablement la
raison pour laquelle votre Sénat s’appelle Chambre des nations. Nous
sommes heureux que vous soyez venu et que vous ayez manifesté votre
intéret de devenir membre actif de l’association.
Je vais passer la présidence de notre réunion a mon
Vice-président et collegue Jan Ruml afin de pouvoir présenter mon
intervention au nom du Sénat du Parlement de la République
tcheque.
Monsieur Jan Ruml, Vice-président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Mesdames et Messieurs, maintenant c’est au tour de
Petr Pithart, le Président du Sénat du Parlement de la
République tcheque, de présenter sa contribution.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Notre pays a connu un parlement bicaméral au cours
de trois périodes de son histoire moderne, a savoir de 1920 a 1939,
puis de 1969 a 1992 et enfin depuis 1996. Dans les deux premiers
cas, il s’agissait de parlements tchécoslovaques, dans le troisieme
d’un parlement tcheque.
Dans l’entre-deux-guerres, on reprochait au Sénat
de n’etre qu’une copie de la Chambre des députés, tant par sa
composition que par ses débats; une pâle copie, qui plus est. En
réalité, toutes les décisions politiques étaient prises par les
directions des partis politiques de la coalition gouvernementale
hors du terrain parlementaire.
De meme, les deux chambres de l’Assemblée fédérale
pendant la période allant de 1969 a 1992 se ressemblaient beaucoup,
mais se trouvaient alors sur un pied d’égalité. Délibérant
traditionnellement en congres, elles formaient un modele de
bicaméralisme que l’on qualifie de fictif.
Ayant a l’esprit que ces expériences avaient privé
les chambres parlementaires d’une identité claire, les
constitutionnalistes tcheques ont pris soin, en 1992, de bien
différencier les deux instances législatives du nouveau parlement.
Ils étaient en effet parvenus a la conclusion que seule une
structure interne différente leur permettrait de se différencier
dans leurs compositions ainsi que leur fonctionnement, de sorte a ce
qu’elles ne puissent etre manouvrées par une seule volonté
politique. Ce n’est qu’a cette condition que pouvait naître la
tension nécessaire tant au contrôle de la qualité des lois qu’a
l’équilibre entre les différents pouvoirs.
Les deux chambres devaient etre distinguées a
travers deux modes de scrutin différents, les conditions du droit de
vote passif, la durée de la législature, le mode de renouvellement
et l’indissolubilité du Sénat. Autant d’éléments auxquels sont venus
s’ajouter, dans la pratique, des échéances électorales décalées
(Chambre des députés en juin, Sénat en novembre). En revanche, la
discussion sur la différenciation des fonctions représentatives des
chambres demeurait peu approfondie. L’idée du Sénat comme
représentant des régions avait été rejetée dans notre Etat unitaire
en raison, entre autre, de la décomposition de l’Etat fédéral
d’alors; on redoutait que le meme processus ne réapparaisse en
République tcheque.
Les deux chambres du Parlement de la République
tcheque sont élues au suffrage universel, direct et a bulletin
secret, sur la base de l’égalité des suffrages. Le droit de vote est
accordé aux citoyens tcheques âgés d’au moins 18 ans. Tout citoyen
tcheque ayant atteint l’âge de 21 ans peut devenir député, pour
devenir sénateur il lui faut avoir atteint 40 ans.
La Chambre des députés est élue au scrutin
proportionnel, ce qui signifie concretement l’élection de 200
députés dans 14 régions-circonscriptions selon la méthode D’Hondt.
Les sénateurs sont élus au scrutin majoritaire uninominal a deux
tours dans 81 circonscriptions électorales ; des le premier tour
peut etre élu le candidat ayant remporté la majorité absolue, a
savoir plus de 50% des suffrages. Dans le cas contraire, les deux
candidats les mieux placés sont en lice pour le second tour. Celui
qui a obtenu le plus grand nombre de voix est élu. Chaque
circonscription compte environ 120 000 habitants.
Tous les parlementaires tcheques sont élus. Il faut
remonter a 1920 pour trouver des débats autour de l’idée de voir une
partie de la seconde chambre constituée d’une autre maniere, par
nomination par ex. Ces dernieres années certains avancent que les
hejtmans (Présidents des Conseils régionaux – le pays
compte14 régions) pourraient se voir attribuer ex officio le
mandat de sénateur.
Outre la différenciation des conditions du droit de
vote passif, du nombre des sieges et du mode de scrutin, les mandats
pour les deux chambres ont été également définis différemment. La
Chambre des députés est élue pour quatre ans, se renouvelle dans son
ensemble et peut, dans certaines conditions, etre dissoute. Le Sénat
est élu pour six ans, renouvelé par tiers tous les deux ans et ne
peut faire l’objet d’une dissolution.
Toute une série d’attributs a été inspirée par les
sénats américain et français. On pourrait trouver leur justification
dans les Lettres des Fédéralistes, notamment celle rédigée par
James Madison: L’âge mur fixé comme réquisit pour l’exercice
du mandat de sénateur y était motivé par les arguments d’une plus
grande sagesse et d’un certain savoir-faire. La durée du mandat
constitue la garantie d’une plus grande indépendance par rapport a
l’humeur changeante des électeurs et permet de cumuler l’expérience
du travail parlementaire. Afin que les sénateurs échappent aux
passions que subissent les députés, ils doivent constituer un corps
moins important. Ceci doit encourager chez chacun le sens de la
responsabilité individuelle et dote dans le meme temps les électeurs
d’un pouvoir de contrôle accru sur leurs élus. Le renouvellement par
tiers conforte la continuité de la législation; une seule élection
ne peut faire basculer le processus législatif. Un gouvernement
instable ébranle la confiance des citoyens et ternit le prestige de
l’Etat a l’étranger.
Jusqu’ici je n’ai fait qu’évoquer que les
dispositions mises en ouvre pour assurer une différenciation nette
des deux chambres, sans aborder la réalité de ces sept dernieres
années de pratique parlementaire. Comme je les ai passées au sein du
Sénat, mon expérience personnelle me permet de constater qu’il se
distingue authentiquement de la Chambre des députés. Par ailleurs,
il évolue: les périodes de forte influence des partis politiques
alternent avec celles d’identification plus nette des sénateurs avec
le Sénat, jusqu’a l’emporter sur leur affiliation politique. La
pression des partis politique se fait ressentir surtout au moment ou
ils sont conscients du rôle véritable de la seconde chambre. Des
qu’il ne s’agit plus de peaufiner les propositions de loi mais de
décider d’une révision de la Constitution ou d’importantes réformes,
les partis politiques exercent sur leurs sénateurs une influence
plus grande qu’auparavant. Ils sont pourtant limités par le mandat
sénatorial relativement long et affermi par l’indissolubilité du
Sénat.
Il est vrai qu’aujourd’hui, la plupart des
sénateurs représentent des partis politiques également présents a la
Chambre des députés, mais on y trouve aussi des représentants de
petits partis régionaux ainsi que des élus indépendants. A la
Chambre des députés, les non-inscrits font davantage figure
d’exception – ils sont au nombre de deux, soit 1%, alors qu’au Sénat
ils constituent un phénomene significatif, puisqu’ils sont 8
aujourd’hui, occupant ainsi 10% des sieges. Si l’on observe le
fonctionnement des deux chambres au fil des ans, on peut trouver,
tant parmi les députés que les sénateurs, des groupes qui n’ont pas
de partenaire dans l’autre chambre. A titre d’exemple, un groupe des
Indépendants a été constitué en 2002 au Sénat alors qu’il n’a pas
son pendant a la Chambre des députés. La composition et l’importance
des groupes parlementaires different souvent d’une chambre a
l’autre: la social-démocratie, parti de gouvernement, dispose de 70
députés, soit 35% de l’effectif de la Chambre, mais seulement de 10
sénateurs, soit 12% de tous les sénateurs. Pour ce qui est de la
représentation de la droite et de la gauche, le Sénat semble s’etre
ancré durablement au centre-droit, la part des formations politiques
de gauche va s’affaiblissant.
En raison de la structure des groupes au Sénat,
mais aussi a cause de la discipline de parti, je dirais que la
situation au Sénat est moins claire qu’a la Chambre des députés. Il
ne suffit donc pas a chaque formation de compter les présents avant
chaque procédure de vote, mais il faut les persuader par des
arguments pertinents. C’est la que je vois, entre autre, l’apport de
la chambre haute a la culture politique et parlementaire,
contribution sans doute rendue tres difficile dans le cas ou une
chambre décide de l’existence d’un gouvernement.
Une structure différente, mais aussi en bien des
occasions, des pratiques politiques propres a ses membres,
permettent au Sénat d’accomplir sa vocation de réviser les
propositions de loi votées par la Chambre des députés et d’assurer
ses fonctions d’équilibrage et de pondération. Je pense qu’ici, la
capacité qu’il démontre d’entrer en conflit pese davantage que le
résultat final. Si c’est la Chambre des députés qui a le dernier
mot, cela releve de sa responsabilité. Mais au moins se voit-elle
offrir l’opportunité de repenser sa décision. Par ailleurs, elle ne
peut passer outre le veto du Sénat quand il s’agit de questions
fondamentales. Sur les 14 propositions de lois a caractere
constitutionnel, le Sénat n’en a adopté que neuf.
Si je dois répondre en deux mots a la question
posée a cette assemblée, je ne peux qu’affirmer ceci:
Dans l’optique de l’expérience tcheque, longue
désormais de presque sept ans, la composition des chambres selon des
modalités distinctes dans les parlements bicaméraux, semble
effectivement etre une condition premiere de leur efficacité. Il ne
s’agit certainement pas d’imposer la différence a tout prix, moins
encore d’imposer n’importe quel type de différence, mais celle qui
contribuera a la qualité des lois, empechera des changements
brutaux, souvent peu réfléchis, ainsi qu’une influence démesurée des
directions des partis politiques: autant de travers qui réduisent
d’ordinaire la légitimité d’une démocratie parlementaire.
Je vous remercie de m’avoir accordé votre
attention.
Monsieur Jan Ruml, Vice-président du Sénat de la
République tcheque:
Je vous remercie, Monsieur le Président. Avant que
nous n’interrompions brievement notre séance pour une pause café,
j’invite Monsieur Lamberto Dini, Vice-président du Sénat de
la République italienne, a venir a son tour prendre la
parole.
Monsieur Lamberto Dini, Vice-président du Sénat
de la République italienne:
Permettez-moi de vous remercier de votre
hospitalité et de l’accueil qui nous a été réservé au siege du
Sénat, dans cette magnifique capitale de la République tcheque.
En arriere-plan du titre captivant qui a été donné
a notre rencontre, on trouve une question fondamentale, présente
dans tous les systemes bicaméraux, a savoir celle de la relation qui
existe entre les fonctions des deux chambres et leurs compositions
respectives. Le bicamérisme découle du besoin d’assurer la
représentation de différents groupes sociaux. C’est la raison pour
laquelle l’Angleterre a adopté ce systeme, en instituant la Chambre
des lords et celle des communes.
A l’époque contemporaine, la principale
justification d’une division du parlement en deux chambres réside
dans le besoin de représenter d’une part les citoyens dans leur
ensemble et d’autre part, les Etats membres d’un Etat fédéral ou les
collectivités territoriales dans le cas des Etats unitaires.
D’une maniere paradoxale, l’expérience italienne
confirme, elle aussi, l’étroite relation qui existe entre les
prérogatives et les compositions des deux assemblées. Deux
institutions qui, en Italie, exercent des fonctions identiques,
présentent une composition équivalente et produisent, du point de
vue politique, les memes résultats.
Apres que l’Italie se fusse libérée du régime
fasciste, l’Assemblée constituante décida d’orienter le systeme
institutionnel vers un parlementarisme fort, composé de deux
chambres, auxquelles furent attribuées les memes fonctions: la meme
compétence législative et les memes prérogatives du point de vue de
la confiance au gouvernement. Toutefois, des les débats
constituants, la discussion s’est focalisée sur la pertinence d’une
claire distinction des deux chambres au niveau de leur composition.
La proposition la plus discutée fut notamment celle visant a faire
du Sénat une chambre professionnelle. Celle-ci, de meme que d’autres
propositions dans le sens d’une différenciation, fut cependant
écartée.
Aussi, seuls quelques traits viennent aujourd’hui
distinguer ces deux chambres. Tout d’abord, tandis que la Chambre
des députés est exclusivement une assemblée élue, le Président de la
République nomme 5 sénateurs a vie, « parmi ceux qui ont servi le
pays de façon exceptionnelle, dans les domaines sociaux,
scientifiques, artistiques et littéraires ». De la meme maniere,
les anciens présidents de la République sont membres a vie du Sénat.
Les conditions d’exercice du droit de vote et d’éligibilité se
distinguent en outre aux sénatoriales et aux législatives. Pour
participer au premier scrutin, il faut etre âgé d’au moins vingt
cinq ans et les candidats aux sénatoriales doivent etre âgés de
quarante ans au moins. En revanche, tout citoyen de plus de dix-huit
ans peut voter lors des législatives et les candidats a la
députation doivent seulement avoir atteint vingt cinq ans. Le nombre
d’élus est par ailleurs inférieur de moitié au Sénat par rapport a
la Chambre des députés. Toutefois, si les dispositions électorales
sont distinctes, elles ont jusqu’ici produit les memes résultats
politiques.
Dans le texte initialement adopté par l’Assemblée
constituante, les deux institutions différaient également par la
durée de leurs législatures: six ans pour le Sénat, cinq pour la
Chambre des députés. Une proposition adoptée par la constituante
prévoyait également des systemes électoraux radicalement différents:
a l’origine, le Sénat devait etre pourvu par un scrutin a la
majorité simple ou bien selon un systeme de cooptation, tandis que
pour la Chambre des députés, on utiliserait la proportionnelle.
Dans la pratique, ces deux distinctions ont été
supprimées. Les durées de législature des deux chambres ont été
officiellement alignées en 1963, lorsqu’il fut inscrit dans les
textes qu’a une dissolution de la Chambre des députés devaient
correspondre des élections anticipées pour le Sénat. Quoi que fondé
sur le principe d’un siege unique par circonscription, le systeme
électoral a fonctionné selon les regles de la proportionnelle
jusqu’en 1993. Depuis lors, la Chambre des députés et le Sénat sont
pourvus selon le meme systeme électoral mixte; majoritaire pour les
trois quarts des membres, proportionnel pour le quart restant.
Ainsi, les deux dispositions a meme de produire des
compositions clairement différenciées pour chaque chambre, ont-elles
été éliminées au profit d’une absolue égalité quant a leurs
fonctions. Nous avons ainsi deux chambres dont le gouvernement doit
conserver la confiance et dont il est préférable que la structure
politique soit identique, si l’on veut se prémunir contre une
paralysie du systeme. En cela, l’expérience italienne illustre qu’il
existe un lien étroit entre la structure et la fonctionnalité des
deux chambres.
Longtemps, le débat sur le bicamérisme a
principalement porté en Italie sur la question de l’efficacité de la
structure bicamérale; en d’autres termes, sur la possibilité de
faire coexister deux chambres aux compétences égales, sans ralentir
le processus décisionnel.
A cet égard, il est nécessaire de souligner qu’en
ce qui concerne le processus législatif et l’éventualité d’un
blocage consécutif a l’égale compétence des deux chambres, le
systeme italien présente une propriété caractéristique: celle-ci
réside dans la possibilité de faire ratifier une proposition de loi
par une commission parlementaire investie de « compétences
législatives ».
La récente révision de la constitution dans le sens
d’un transfert de compétences de l’Etat vers les régions (Loi
constitutionnelle 3/2001) a ravivé les discussions sur la pertinence
d’introduire une différenciation au niveau des fonctions des deux
chambres. Celle-ci engendrerait obligatoirement une différenciation
des criteres appliqués a leur composition.
L’article final de la loi de révision de la
constitution que j’ai mentionné fait écho a ce besoin. Il rend en
pratique possible la participation de « représentants des
régions, des provinces autonomes et des collectivités locales »
a une commission parlementaire mixte pour les affaires régionales.
Cette disposition, qui introduirait un organe mixte au cour de notre
systeme bicaméral réunissant parlementaires et représentants des
collectivités territoriales, n’a cependant pas encore été
appliquée.
Il y a quelques jours, le gouvernement a annoncé
une nouvelle initiative constitutionnelle. Il est vraisemblable que
celle-ci mettra une nouvelle fois la question de la différenciation
des deux chambres au centre des préoccupations politiques en Italie.
L’objectif, qui emporte l’adhésion d’un grand nombre, est
d’instituer ce que les membres de l’Assemblée constituante avaient
déja prévu. L’alinéa 1 de l’article 57 de la constitution italienne
dispose que le Sénat de la république « est élu sur une base
régionale ». En conformité avec ce principe, l’alinéa 2 de ce
meme article indique que chaque région, a deux exceptions pres, ne
peut disposer de moins de sept sénateurs. Ceci garantit actuellement
que les régions disposent d’un poids électoral qui n’est pas
uniquement déterminé par le nombre d’habitants des circonscriptions
électorales concernées. Toutefois, cet élément ne s’est pas encore
inscrit dans la pratique au point de faire du Sénat un organe
reflétant effectivement la situation territoriale du pays. Une fois
ce systeme appliqué, le Sénat deviendra le représentant effectif de
la réalité des différentes entités territoriales.
J’ai écouté et j’écouterai encore avec la plus
grande attention les contributions fournies dans cette enceinte par
certains collegues, qui seraient a meme de fournir de précieux
éléments pour la discussion qui se déroule en Italie.
J’estime que l’un des objectifs de notre
association est aussi de réfléchir sur la base de nos diverses
expériences, a des approches communes favorables a la construction
d’une Europe plus cohérente, mais dans le meme temps de valoriser
les compétences des collectivités territoriales.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je remercie notre collegue Lamberto Dini. Le
Vice-président du Sénat italien nous a démontré combien le débat sur
la différenciation des chambres était loin d’etre uniquement
académique. En Italie, c’est une question essentielle, qui fait
évoluer le systeme politique. Nous n’oublions pas que c’est le
territoire de l’actuelle Italie qui a vu naître cette institution et
que c’est la qu’elle fut pour la premiere fois conceptualisée.
Il me semble qu’il apparaît que nous avons la
choisi la bonne question pour cette rencontre et que nous avons été
bien inspirés d’ajouter le point d’interrogation. Nous n’avions
alors nullement a l’esprit une question rhétorique. Il se confirme
bel et bien que chaque pays met a sa maniere l’accent sur la
problématique de la différenciation des deux chambres. Ce fut cette
fois encore une contribution particulierement inspirante, cher
collegue Dini, et je vous en remercie.
Je leve la séance pour une pause café. Vous serez
servis dans les salons Frýdlantský et Jièínský. La séance reprend a
11h20. Merci.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Mes chers collegues, je vous prie de reprendre
place, afin que nous puissions continuer. Je donne a présent la
parole a Madame Veldhuizen-Rothenbücher, l’Ambassadeur du
Royaume des Pays-Bas en République tcheque. Elle vous expliquera
elle-meme pourquoi le représentant du Sénat néerlandais n’a pu se
joindre a nous.
Madame Ida Leonore van Veldhuizen-Rothenbücher,
Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en République tcheque:
Cher Monsieur Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque, chers Présidents des différents
Sénats d’Europe, chers collegues, Mesdames et Messieurs! Au nom de
la présidente de la Premiere chambre du Royaume des Pays-Bas,
permettez-moi de vous remercier Monsieur le Président
Pithart, de vous etre proposé d’accueillir et d’organiser la
5eme réunion de l’Association des Sénats européens ici, a
Prague.
Malheureusement, Madame la Présidente de notre
Sénat n’a pu se joindre a ces débats, eu égard a trois déces
intervenus subitement parmi les membres de cette institution, a La
Haye. Elle m’a cependant chargée de vous transmettre a tous ses
salutations, et de vous souhaiter le plus grand succes lors de vos
délibérations. Madame la Présidente sera heureuse de vous rencontrer
lors de la prochaine session de l’association ou bien d’ici la.
Je vous remercie.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je vous remercie, votre Excellence. L’excuse est
tragique et plus que motivée. Nous serons heureux de nous rencontrer
lors d’une prochaine occasion. A présent, je passe la parole au
Président du Sénat de la République de Pologne, Monsieur Longin
Hieronim Pastusiak.
Monsieur Longin Hieronim Pastusiak, Président du
Sénat de la République de Pologne:
Monsieur le Président, chers collegues. Je souhaite
me joindre aux précédents orateurs, pour exprimer mes remerciements
a notre hôte, Monsieur Pithart, pour son invitation ici et
pour avoir assuré les meilleures conditions possibles a nos
débats.
La question de la coopération entre les deux
chambres du Parlement est absolument fondamentale pour l’avenir des
institutions parlementaires. Permettez-moi en introduction d’exposer
quelques theses fondamentales.
Plus les deux chambres sont différenciées, mieux
est assurée la légitimité de la seconde chambre. Ces différences
peuvent etre de plusieurs types et quelques-unes ont déja été
mentionnées du haut de cette tribune. Il peut ainsi exister tout une
gamme de différences dans leurs fonctions, leurs responsabilités,
leurs compositions, le systeme électoral adopté. Il existe aussi
différents criteres pour la sélection de tel ou tel élément de
différenciation. Nous pouvons en outre trouver toute une série
d’autres parametres de différenciation.
Je viens d’un pays qui possede une tres longue
tradition parlementaire. Celle-ci a commencé au XVeme siecle. Le
premier Sénat polonais a siégé des 1493. Lorsque je parle avec des
collegues américains, il m’arrive de souligner qu’un an apres que
Christophe Colomb eut découvert l’Amérique, nous autres
Polonais avons eu un Sénat.
L’histoire du parlementarisme polonais est
susceptible de donner matiere a une étude de cas intéressante pour
nous tous. Des le début, le parlement polonais a adopté le
bicamérisme. Naturellement, comme tous les autres sénats de cette
époque, il ne s’agissait pas d’un organe procédant d’une élection
démocratique. Il représentait la noblesse, ainsi bien évidemment que
le clergé et ses membres étaient nommés a vie par le Roi. Des la fin
du XVIIIeme siecle, le Sénat constitue un outil essentiel pour
l’élaboration des lois en Pologne. Malheureusement, lorsque nous
perdons notre indépendance en 1795, le Sénat est dissous. A la fin
de la Premiere guerre mondiale, lorsque nous recouvrons notre
indépendance, celle-ci est accompagnée par un nouveau Sénat,
moderne. Des élections démocratiques sont convoquées et l’on peut
affirmer que le Sénat représente alors réellement l’ensemble de la
société.
Toutefois, la Constitution de 1935 modifia le
systeme régissant les sénatoriales: un tiers du Sénat est désormais
nommé par le Président de la République et deux tiers sont élus par
college électoral restreint.
Le Sénat polonais contemporain a émergé des
négociations dites « de la table ronde », qui se sont déroulées en
1989, impliquant le Parti ouvrier unifié polonais et les délégués de
Solidarité. Les élections libres qui se déroulent le quatre juin
1989 démontrent la force de l’opposition, qui obtient 99 des 100
sieges, marquant la fin de l’ere communiste dans l’histoire
polonaise. Le Sénat représente des lors l’un des acteurs actifs des
changements qui interviennent apres la chute du mur de Berlin, en
adoptant les propositions de lois indispensables pour la
transformation du systeme politique et économique.
D’apres la constitution polonaise de 1997, il
existe de petites différences entre les deux chambres
parlementaires. Les élections pour les deux chambres se déroulent le
meme jour et les deux institutions siegent pour la meme durée de
législature. En revanche, le systeme électoral differe. Le Sejm,
chambre basse du Parlement polonais, est élu sur une base
proportionnelle, les électeurs se prononçant sur les listes
présentées par les partis, tandis que le Sénat est élu au scrutin
majoritaire dans d’autres circonscriptions électorales.
La Pologne est un Etat unitaire. L’article 104 de
la constitution actuellement en vigueur indique de maniere
catégorique que les membres du parlement « sont les représentants
de la nation. Ils ne sont tenus a respecter aucune injonction de
leurs électeurs ».
Nous sommes conscients que le systeme actuel est
perfectible, aussi avons-nous engagé un débat en vue d’éventuelles
révisions. Des voix se sont exprimées en faveur d’une disparition du
Sénat. Mais elles demeurent rares pour l’heure.
Au stade actuel de la discussion, nous examinons
une modification visant a faire élire les sénateurs dans des
circonscriptions a mandat unique. Ceci concourrait a susciter un
lien plus étroit entre les sénateurs et leurs communautés locales et
a transformer le Sénat représentant, plus rigoureusement que
jusqu’ici, les régions polonaises. Dans cette hypothese, chaque
sénateur représenterait environ 383 000 personnes. Cette proposition
de changement structurel, instituant un passage de circonscriptions
comptant plusieurs sieges a pourvoir a des circonscriptions a mandat
unique est déja prete a etre soumise a l’examen du Sénat.
Nous nous penchons par ailleurs sur la possibilité
de faire du Sénat la chambre chargée de suivre de pres la
législation européenne, conformément au protocole sur le contrôle du
principe de subsidiarité et de proportionnalité de la constitution
européenne. Le Sénat prend une part active a l’harmonisation des
normes et du droit polonais avec l’acquis communautaire. Nous avons
ainsi été amenés a amender toute une série de propositions de lois
soumises par la chambre basse, afin de faciliter cette harmonie
entre nos dispositions et le droit communautaire.
Il est probable, toutefois, que les discussions
relatives a des changements dans les fonctions du Sénat sont
appelées a se poursuivre en Pologne.
En conclusion, il convient de souligner le chemin
parcouru par la Pologne depuis un Sénat représentant les couches
supérieures de la société jusqu’a une institution représentative de
l’ensemble de celle-ci.
Mesdames et Messieurs, apres plus de cinq cents ans
d’existence du Sénat polonais, nous continuons d’expérimenter de
nouvelles réflexions quant a sa contribution au systeme politique,
en vue d’accroître son efficacité et sa capacité a réagir aux
attentes de la société polonaise.
Si vous me le permettez, Monsieur le Président, je
souhaiterais évoquer deux questions, qui ne sont pas directement
liées au theme central de nos discussions.
Comme vous le savez, la Pologne s’est vue accorder
l’honneur d’organiser la 6e réunion de notre association. Aussi,
nous sommes tres heureux de pouvoir vous convier a Varsovie les
lundi 24 et mardi 25 mai 2004. Le theme proposé sera le suivant: «
Le rôle des parlements nationaux au sein de l’Union européenne
».
En outre, mai 2004 sera aussi le premier mois au
cours duquel nous jouirons du statut de membres de l’Union élargie a
25. Pour nous autres nouveaux membres, il sera naturellement tres
intéressant de recueillir les avis des membres plus anciens a propos
du rôle des parlements nationaux au sein de l’UE, sur la forme que
devraient revetir leurs relations avec le Parlement européen et sur
l’état réel de ces relations. Je pense qu’il s’agirait la d’un theme
particulierement stimulant pour la réunion eu égard notre statut de
nouveaux membres. Je serais heureux de connaître votre sentiment a
ce propos.
J’aurai une deuxieme question; nous avons tous en
notre possession les « Statuts de l’Association des Sénats d’Europe
». Il me semble que ceux-ci mériteraient aujourd’hui d’etre
complétés. J’estime qu’il serait nécessaire de réviser ce document
ou figure la seconde chambre croate, qui n’appartient pourtant plus
a notre association, puisqu’elle n’existe plus. A l’inverse, le
Conseil de la fédération de l’Assemblée fédérale de la Fédération de
Russie, cette seconde chambre dont la délégation est présente parmi
nous aujourd’hui, ne figure pas sur ce document.
Il m’intéresserait aussi de savoir ce qu’il est de
l’Irlande et de la Grande-Bretagne: comment se fait-il qu’elles ne
comptent pas parmi les membres de notre association? Peut-etre
devrions-nous envisager quelque démarche en ce sens, afin que notre
association puisse se prévaloir d’etre la plus large et la plus
universelle possible.
Voici en somme tout ce sur quoi je souhaitais
m’exprimer. Merci de votre attention.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je vous remercie, Monsieur le Président. Je pense
que nous retiendrons tous cette date de 1493, non pas tant parce
qu’elle renvoie a celle de la découverte des Amériques, que parce
qu’elle marque le début de la longue histoire du Sénat polonais.
Nous n’avons pas manqué d’entendre, cher
Longin, vos paroles a propos du lien qui existe entre
l’indépendance et la liberté de la Pologne d’une part et l’existence
du Sénat, d’autre part. Lorsque l’indépendance est usurpée, il en va
de meme de la liberté et le Sénat cesse alors d’exister. Je veux
croire qu’une telle relation ne vaut pas seulement pour vous, mais
pour nous tous.
J’ai demandé a Monsieur le Président, qu’il nous
fasse des a présent part de ses vues quant au theme de notre
prochaine assemblée, afin que nous disposions de suffisamment de
temps pour nous pencher sur les propositions de notre futur hôte et,
que nous puissions d’ici a la fin de nos débats, manifester notre
accord ou les préciser le cas échéant.
Je vous remercie, Monsieur le Président. A présent,
j’appelle le Président du Conseil fédéral de la République
d’Autriche, Monsieur Hans Ager, a prendre la parole.
Monsieur Hans Ager, Président du Conseil fédéral
de la République d’Autriche:
Je vous remercie, Monsieur le Président. Mesdames
et Messieurs, chers collegues, chers amis,
En premier lieu, j’aimerais remercier le Président
du Sénat tcheque, Monsieur Petr Pithart pour son hospitalité
et pour la remarquable organisation de ces rencontres. Recevez pour
cela mes plus sinceres remerciements.
Nos hôtes, dans leur remarquable ouvrage consacré
au Sénat tcheque ont inséré un chapitre dédié au bicamérisme dans
l’histoire tcheque. Ce chapitre commence en 1848, avec les débats
constitutionnels a la Diete impériale, inaugurés a Vienne, avant
d’etre transférés a Kromìøíž.
Lors de ces débats, il apparut que l’introduction
d’un systeme dans le parlement autrichien, faisait partie de la
problématique constitutionnelle. Nul ne mettait en cause la
caractere indispensable d’une seconde chambre, il s’agissait en
revanche d’en définir la forme et les prérogatives. C’était la
l’objet des débats.
Il en alla différemment 70 ans plus tard, lors de
la fondation de la République d’Autriche et de la République
tchécoslovaque. Dans les deux Etats, certaines forces politiques, au
premier rang desquelles la social-démocratie, imposerent leur
revendication de systemes monocaméraux. Pourtant, dans les deux cas,
un systeme bicaméral s’imposa en définitive, qui appartient
désormais aux fondements constitutionnels de l’Autriche comme de la
République tcheque.
Aujourd’hui, 19 des 47 Etats européens de structure
démocratique présentent des systemes bicaméraux et selon une étude
de 1997, 66 des 193 Etats du monde avaient adopté une structure de
ce type. Le principe bicaméral est donc incontournable, tant en
théorie politique que dans la pratique.
Cependant, en quoi réside l’importance d’une
seconde chambre dans une démocratie moderne, quel est son rôle? Les
réponses a ces questions nous engagent dans deux directions. D’une
part, ce systeme favoriserait une amélioration de la qualité de la
législation - c’est la l’unique argument justifiant l’existence de
deux chambres structurées de la meme maniere sur le plan politique;
d’autre part, il permettrait la représentation de certains intérets.
La seconde fonction mentionnée est aussi la plus ancienne.
Tandis que l’idée d’assigner un rôle central a la
seconde chambre dans un systeme de « checks and balances »
suppose que celle-ci se voit attribuer une position similaire, voire
équivalente a celle de la premiere dans le processus législatif,
cela n’est en revanche pas indispensable pour que s’exerce la
deuxieme fonction pretée aux secondes chambres – a savoir celle de
l’amélioration de la qualité du processus législatif. Cette
argumentation déduit d’une répartition de l’examen des textes entre
deux chambres – indépendamment de leur composition politique – un
reglement plus approfondi des matieres en question et voit dans
l’insertion d’une chambre « de révision » (la seconde chambre) dans
le systeme législatif, une chance de corriger des dispositions
adoptées précédemment, au terme d’un examen trop rapide ou en des
termes insuffisamment réfléchis, avant qu’elles ne reçoivent force
de loi.
Par ailleurs, au travers de cette fonction de «
chambre de réflexion », la seconde chambre s’octroie un rôle
fondamental, que ne peut exercer la premiere chambre, soumise a
l’agenda de la politique au jour le jour et offre une garantie a
plus long terme de la qualité du processus politique.
Afin qu’elle remplisse cette fonction de garantie
de qualité, il suffit d’accorder a la seconde chambre des
compétences supplémentaires par rapport a la chambre basse – tel
qu’un veto suspensif. La comparaison des compétences des deux
chambres – et de leur exercice – permet de souligner quelle place
occupe la seconde chambre dans la hiérarchie constitutionnelle et
quel rôle elle exerce dans la réalité constitutionnelle.
Dans l’idéal, les deux chambres peuvent etre
placées sur un pied d’égalité ou bien la seconde peut etre investie
de prérogatives moins importantes que la premiere. Toutefois, il est
possible de déceler des niveaux intermédiaires dans de nombreux
systemes politiques. A savoir, meme si les deux chambres se voient
attribuer par la constitution une position tout a fait ou
pratiquement identique, la seconde cede a la premiere ses
prérogatives en matiere de conception des lois et n’exerce les
autres qu’avec parcimonie. Cela est du parfois au déficit de
légitimité ressenti par ses membres ou bien, de plus en plus
souvent, a des conditions imposées par les partis ou l’Etat en
question. L’évolution des fonctions capitales des deux chambres dans
le sens d’une garantie de qualité de la législation a souvent
débouché au XXeme siecle sur une tendance politico-constitutionnelle
accordant des pouvoirs réduits a la seconde chambre par rapport a la
premiere.
De l’idée générale selon laquelle la fonction de la
seconde chambre consiste en une garantie de liberté au moyen d’une
division du pouvoir législatif, une ligne d’argumentation s’est en
particulier imposée au XXeme siecle et, au travers de celle-ci, un
certain type de seconde chambre, dans la discussion théorique tout
comme dans la pratique politique: celui de chambres territoriales,
qui dans les systemes fédéraux sont appelées a défendre les intérets
régionaux vis-a-vis d’une majorité nationale abstraite. Ainsi la
seconde chambre remplit-elle également une fonction importante de
représentation des régions dans des pays qui n’ont pas adopté
formellement une structure fédérale, tels que l’Espagne.
Le Conseil fédéral autrichien que j’ai l’honneur de
représenter ici, est appelé, en tant que chambre territoriale, a
faire valoir les intérets des Etats fédérés dans le cadre du
processus d’élaboration de la législation fédérale. Dans un Etat
pluraliste moderne, il apparaît de maniere naturelle que les
intérets des Etats et l’intéret fédéral ou national se chevauchent
et qu’une fonction de médiation incombe aux partis politiques
agissant a ces deux niveaux.
La dynamique particuliere qui caractérise
l’évolution d’une société moderne implique que les mécanismes
permettant la formulation de la volonté de l’Etat, conçus dans un
autre contexte social général, soient régulierement soumis a examen,
afin de savoir s’ils correspondent toujours a l’esprit de l’époque
ou s’ils doivent faire l’objet d’adaptations. Ce principe a conduit
récemment l’Autriche a entamer l’examen d’un projet de révision
constitutionnelle. Une convention composée de représentants de
l’échelon fédéral, des Etats fédérés, des communes et de divers
groupes sociaux, dénommée « Convention autrichienne », a commencé de
siéger, afin de préparer des réformes portant sur les lois
organisationnelles et constitutionnelles. Dans ce cadre, les
conventionnels doivent réfléchir aux domaines d’action et aux buts
de l’Etat et de ses institutions, a la division des rôles entre les
entités régionales, ainsi qu’aux mécanismes de contrôle
démocratique.
Le systeme bicaméral autrichien s’apprete
aujourd’hui a franchir une nouvelle étape dans son évolution. Les
parlements en général et les secondes chambres en particulier
doivent a l’instar des autres institutions étatiques, renouveler
leur réflexion a propos de leurs rôles dans une société moderne et
s’adapter aux besoins des citoyennes et des citoyens, aupres
desquels ils trouvent leur légitimité.
Dans ce contexte, les secondes chambres, a l’image
du Conseil fédéral autrichien, sont appelées a faire valoir le point
de vue des régions aux niveaux politiques nationaux et européen.
Ceci me paraît correspondre a la conscience grandissante de
l’importance des identités régionales, a laquelle fait écho le mot
d’ordre de « l’Europe des régions », expression d’une politique de
proximité, qui doit etre au cour de notre mission de
parlementaires.
Je vous remercie de votre attention.
Monsieur Petr Pithart, Président du Sénat du
Parlement de la République tcheque:
Je vous remercie de cette stimulante contribution,
qui a su notamment évoquer certains fondements théoriques du
bicaméralisme et nous rappeler des événements importants de
l’histoire européenne. Vous ne me contredirez sans doute pas si je
mentionne a ce propos la tradition autrichienne de réflexion sur le
bicaméralisme. L’un de vos prédécesseurs, le professeur Herbert
Schambeck, fut a la fois Président de la seconde chambre et l’un
des plus importants théoriciens de ce systeme politique en Europe.
Notre rencontre avec lui, alors que notre Sénat s’instituait a
peine, fut particulierement inspirante. Aussi, je vous prie de bien
vouloir lui transmettre nos plus respectueuses salutations.
Je vous remercie également tres vivement d’avoir
évoqué l’épisode de la Chambre des seigneurs, que nous autres
Autrichiens, Tcheques, Moraves et Silésiens avons partagé au cours
du XIXeme siecle.
A présent, je passe la parole au Président du
Conseil national de la République de Slovénie, Monsieur Janez
Sušnik.
Monsieur Janez Sušnik, Président du Conseil
national de la République de Slovénie:
Nous aimerions remercier Monsieur le Président de
nous avoir conviés a la 5eme réunion de l’Association des Sénats
d’Europe, de l’hospitalité qui nous a été réservée ici ainsi que de
l’organisation exemplaire de cette assemblée. Nous apprécions tout
particulierement le site qui accueille cette 5eme réunion: un site
rempli d’histoire et d’une remarquable beauté.
Notre chambre est extremement récente. Elle a été
fondée en vertu de la constitution adoptée en 1991, apres la
désintégration de la Yougoslavie. La constitution slovene dispose
que le Conseil national représente les intérets sociaux,
économiques, professionnels et locaux. Il est composé de
représentants des intérets professionnels et sociaux, d’une part et
de représentants d’intérets territoriaux (locaux), d’autre part.
Ces intérets, qui recouvrent pratiquement
l’ensemble des principaux secteurs de la société sont confrontés les
uns aux autres, au travers des quarante membres du Conseil. Parmi
ces derniers, quatre représentent les employeurs, quatre autres les
employés, quatre représentent les agriculteurs, les PME et les
travailleurs indépendants, tandis que les organisations a but non
lucratif sont représentées par six conseillers et les intérets
locaux, par vingt-deux autres.
Les intérets des différents groupes sociaux
trouvent dans le cadre du Conseil national, un lieu de confrontation
au niveau institutionnel et le processus de décision intervient sur
la base d’un échange d’avis entre professionnels. Afin de préserver
un haut niveau de professionnalisme parmi ses membres et d’éliminer
la dimension politique dans le fonctionnement du Conseil national,
les constituants ont stipulé que les membres devaient continuer a
exercer leurs professions, afin de demeurer en contact quotidien
avec la sphere qu’ils sont amenés a représenter.
Le Conseil national est composé de maniere a
neutraliser l’influence des partis politiques qui sont par ailleurs
directement impliqués dans l’activité législative de l’Assemblée
nationale. Néanmoins, en dépit des bonnes intentions du législateur,
on ne peut affirmer avec certitude que les partis politiques
n’exercent aucune influence au Conseil national.
De ce que je viens d’exposer, il découle que le
Conseil national, au contraire de l’Assemblée, n’est pas le
représentant de l’ensemble des citoyens de la République de
Slovénie, mais celui des intérets sociaux particuliers. Sa position
et sa structure nécessitent par conséquent un systeme électoral
approprié, qui doit se distinguer de celui mis en ouvre lors des
élections législatives. Des différences fondamentales se manifestent
donc dans le mode de scrutin, les conditions d’exercice du droit de
vote, la participation des partis, le systeme de répartition des
mandats et la durée de la législature.
Le Conseil national est pourvu exclusivement par le
biais d’élections. Cela signifie que ses membres sont nécessairement
des membres élus et ne peuvent etre désignés par nomination, par
exemple. Le mode de scrutin pour l’élection du Conseil national
n’est pas précisé par la constitution mais le législateur est
parfaitement habilité a régler cette question par la loi, en
appliquant la majorité des deux tiers.
La structure du Conseil national, sa position et
ses prérogatives requierent un scrutin indirect, organisé au niveau
des différents groupes d’intérets représentés, et/ou au niveau
local. Par rapport au suffrage direct, le scrutin indirect permet
d’établir un lien plus étroit entre les membres des groupes
d’intérets et leurs représentants. Pour cette raison, il n’est pas
nécessaire que les partis politiques soient représentés lors de ces
élections, alors qu’il s’agit la d’un élément indissociable du
processus électoral dans le cas d’un organe représentant l’ensemble
des citoyens. Toutefois, ainsi que je l’ai souligné, l’activité du
Conseil national n’est pas exempte d’influences politiques.
La principale source d’influence s’exerce au
travers des membres du Conseil qui représentent les intérets locaux.
Ceux-ci sont en effet élus par des organes représentatifs locaux,
eux-memes constitués lors d’élections générales, au cours desquelles
les partis politiques exercent une influence déterminante. En
revanche, cette influence est bien moindre en ce qui concerne les
représentants des groupes d’intérets sociaux et professionnels.
En ce qui concerne l’exercice du droit de vote,
l’organe législatif a fondé dans les dispositions constitutionnelles
que ce droit appartient a tout individu ayant atteint l’âge de 18
ans. Ce droit s’applique toutefois différemment pour l’Assemblée et
le Conseil national. Dans ce dernier cas, il ne s’agit pas d’un
droit égal et universel, puisqu’il n’est accordé qu’aux personnes
appartenant aux groupes d’intérets représentés au Conseil. Ainsi,
seules sont investies de ce droit les personnes exerçant des
fonctions précises ou bien leur activité professionnelle dans le
cadre de l’un des groupes d’intérets représentés. Quant aux
représentants des intérets locaux, seuls sont habilités a les élire
les personnes ayant leur résidence permanente dans la
circonscription électorale concernée.
Si, dans le cas des législatives, seuls les
citoyens slovenes disposent du droit de vote, des étrangers peuvent
participer a l’élection du Conseil national. La constitution de la
République de Slovénie laisse aux soins du législateur de définir
dans quels cas et a quelles conditions les étrangers peuvent
bénéficier du droit de vote. Le législateur a décidé lors de
l’adoption de la loi sur le Conseil national d’utiliser cette
possibilité constitutionnelle et a accordé le droit de vote aux
étrangers qui résident en Slovénie, y exercent une activité définie
et/ou y sont employés. Ce droit de vote est bien entendu uniquement
actif dans le cas des étrangers. Cela signifie que ceux-ci peuvent
désigner les membres du Conseil, mais ne peuvent etre eux-memes élus
conseillers. La raison de cette restriction provient du fait que le
Conseil national dispose de prérogatives importantes dans le domaine
législatif et qu’a ce titre, des étrangers ne peuvent en etre
membres.
En outre, les conseillers sont élus pour cinq ans,
la ou les députés ne sont élus que pour quatre années. C’est le
Président de l’Assemblée qui convoque les élections générales au
Conseil national, alors que c’est le Président de la République qui
convoque les législatives. Dans le cas ou certains membres du
Conseil n’accomplissent pas toute la durée de leur mandat, la
présidence de l’Assemblée convoque des élections partielles.
A la différence des élections pour l’Assemblée
nationale, qui se déroulent le dimanche ou jours fériés, celles pour
le Conseil national peuvent etre organisées en semaine. Si ces
élections ne doivent pas intervenir le meme jour, la loi dispose que
le scrutin doit en revanche se dérouler sur une seule et meme
semaine.
Les membres du Conseil national sont élus au
scrutin indirect, a la majorité relative. En vertu de ce principe,
c’est le candidat ayant obtenu le plus grand nombre de voix est
investi du mandat. Dans le cas ou deux ou plusieurs candidats
obtiennent le meme nombre de votes, la décision s’effectue par
tirage au sort.
La loi prévoit des aménagements spécifiques pour
l’élection des membres, selon leur position au sein des différents
groupes d’intérets.
Ainsi, dix-huit membres du Conseil représentant des
intérets sociaux et professionnels sont élus par un college
électoral composé de grands électeurs, eux-memes désignés par les
organisations et groupes d’intérets, selon leurs regles respectives.
Chaque organisation d’intéret (Chambre de commerce, Union,
Association, Société ou toute autre organisation professionnelle de
compétence nationale) désigne un certain nombre d’électeurs appelés
a siéger dans le cadre du college électoral. Ce nombre dépend du
nombre de membres de l’organisation en question; chaque organisation
désigne au moins un électeur, le nombre d’électeurs supplémentaires
dépendant d’un nombre défini de membres. Ainsi, l’organisation
regroupant les employeurs désigne un représentant de plus pour dix
mille membres, tandis que l’organisation professionnelle des
agriculteurs en désigne un pour mille membres, l’organisation des
PME, un pour cinq cents; celle des professions libérales ou des
organisations a but non lucratif, un pour tous les cent membres.
Chaque organisation d’intéret désigne par ailleurs
un ou plusieurs de ses membres comme candidats. Dans le cas ou l’une
d’elle désigne plusieurs candidats, les chances de certains sont
réduites, dans la mesure ou l’on peut procéder a une répartition des
voix.
Les quatre représentants des employeurs sont élus
par les chambres de commerce et les associations patronales ayant
une dimension nationale.
Les quatre représentants des employés sont élus par
un college électoral composé de représentants élus des organisations
syndicales représentatives au niveau national, soit de syndicats
dont les membres sont considérés par la loi comme représentatifs des
travailleurs dans différents domaines.
Le groupe d’intéret des agriculteurs, des PME et
des professions libérales est composé de quatre représentants.
Chacune des deux dernieres organisations dispose d’un représentant
élu par l’organe désigné par les organisations professionnelles des
travailleurs de PME, tandis que les agriculteurs en disposent de
deux, élus par un organe composé de représentants désignés par les
organisations nationales d’agriculteurs.
La désignation des représentants d’activités non
commerciales est la plus diversifiée. Non prévue par les
constituants, la représentation d’activités non commerciales a
cependant été jugée nécessaire lors de l’adoption de la loi sur le
Conseil national: l’université et les établissements d’enseignement
supérieur disposent d’un représentant, de meme que l’éducation
primaire et secondaire, la recherche, la culture et les sports, la
santé et la sécurité sociale.
En ce qui concerne l’élection des représentants des
intérets locaux, elle s’est déroulée dans un premier temps au
scrutin direct. L’organe législatif s’était décidé pour ce mode de
scrutin du fait que la réforme des collectivités locales n’avait pas
encore été mise en ouvre. Pour cette raison, une élection indirecte
semblait inadaptée a cette phase transitoire, puisqu’elle aurait
émané d’une organisation de l’administration locale amenée a etre
changée pendant la législature du Conseil national, ce qui s’est
effectivement produit.
Actuellement, la loi sur le Conseil national
stipule que sont élus au niveau local vingt deux membres
représentants les intérets locaux. Afin de pouvoir procéder a ces
élections, la République de Slovénie a été divisée – aux termes de
la loi – en 22 circonscriptions ad hoc. De cette maniere, un
représentant au Conseil national est élu dans chacune de ces
circonscriptions, qui correspond a une entité existante, du point de
vue géographique, historique et de par ses intérets spécifiques.
Dans ce cas également, les membres du Conseil
national sont élus par un college électoral spécifique, qui peut
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