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à Paris, le mercredi 6 juin 2001 |
Les Sénats et la représentation des collectivités locales |
COMPTE-RENDUS DES DEBATS
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Version texte
M.
Christian Poncelet, Président du Sénat de la République française :
Comme
vous le savez, nous avons choisi de consacrer nos travaux au thème de la
représentation des collectivités locales par nos Assemblées.
Ce
thème est, en effet, au cur de la légitimité institutionnelle et
politique de nos assemblées et se trouve, au-delà de la diversité des
deuxièmes chambres, au centre des fonctions que remplissent, ensemble,
les Sénats.
Loin
de sapparenter à une « anomalie », le Sénat français présente
la particularité féconde dêtre une assemblée parlementaire à part
entière qui exerce, en outre, cest un enrichissement, un
bonus constitutionnel , une fonction de représentation des
collectivités territoriales.
Assemblée
parlementaire à part entière, le Sénat assume, à égalité avec lAssemblée
nationale, son métier de législateur et sa fonction de contrôleur dans
le cadre dun bicamérisme qui est égalitaire tant que le gouvernement
nen décide pas autrement.
Au-delà
de ce rôle dassemblée parlementaire à part entière, le Sénat a été
investi par larticle 24 de la Constitution dun rôle de représentant
des collectivités territoriales. Émanation des collectivités
territoriales, le Sénat est donc très logiquement devenu le défenseur,
naturel et privilégié, des pouvoirs locaux.
Dans
un premier temps, je serai donc conduit à vous démontrer que le mode
délection des Sénateurs, qui comporte une triple originalité, fait
de notre assemblée lémanation des collectivités territoriales.
Première
originalité : limmense majorité des sénateurs est élue dans le
cadre du département, ce « fils spirituel » de la Révolution
française, qui participe de « lexception française »
puisquil institue un échelon intermédiaire entre le traditionnel
niveau communal et le niveau régional en devenir.
Cest
ainsi que sur les 321 membres du Sénat, 304 sont élus dans le cadre
des départements métropolitains et doutre-mer, 3 dans les territoires
doutre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis et
Futuna), et 2 dans les collectivités territoriales à statut
particulier (Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon). En outre, les Français
établis hors de France, qui sont 2 millions, désignent, par le
truchement de leurs délégués, 12 sénateurs.
Deuxième
originalité, les sénateurs sont élus par des élus.
En
effet, les sénateurs sont élus, dans chaque département, par un collège
électoral issu du suffrage universel direct, et composé des députés du
département, des conseillers régionaux élus dans le département, des
conseillers généraux du département et, surtout, des représentants des
conseils municipaux, dont le nombre varie en fonction de limportance de
la population des communes concernées.
En
définitive, le collège électoral des sénateurs, dont leffectif
total sélève à environ 145.000 grands électeurs, est composé pour
près de 96 % par des délégués des communes, ces « cellules
de base de la démocratie ».
A
lévidence, par son mode délection, le Sénat « baigne »
dans les collectivités locales comme un poisson dans leau.
Enfin,
troisième et dernière originalité du mode délection des sénateurs :
la dualité du mode de scrutin. Les sénateurs sont, en effet, désignés
selon le nombre de sièges de chaque département, au scrutin majoritaire,
dans les petits départements qui disposent dun ou de deux sièges de sénateurs
et, au delà, à la représentation proportionnelle.
Il
en résulte que 70 % des sénateurs sont élus à la proportionnelle, ce
qui, avec leffet combiné de la parité alternée, devrait faire cesser
les querelles en représentativité et donc les procès en légitimité
parfois instruits, ça et là, à lencontre du Sénat.
Toutefois,
force est néanmoins de reconnaître que le mode délection des sénateurs
se traduit par une sur-représentation de la France rurale au détriment
de la France des villes.
Ce
déséquilibre se manifeste : dune part, par une sur-représentation
des petites communes rurales au sein du collège électoral des sénateurs
et, dautre part, par une répartition des sièges de sénateurs entre
les départements qui, en raison de labsence de « révision démographique »
depuis 1976, désavantage les « départements urbains » dont
la population a augmenté.
Sagissant
tout dabord de la représentation des communes au sein du collège électoral
des sénateurs, force est de constater que dans une commune de 1.000
habitants, un électeur sénatorial représente 333 habitants alors
quil représente 950 habitants à Paris.
Autre
illustration de cette sur-représentation rurale : les 33.000 communes
de moins de 2.500 habitants sont représentées par 45 % des délégués
communaux au sein du collège électoral des sénateurs alors quelles
nabritent que 30 % de la population.
Il
faut à lévidence corriger cette situation et renforcer le poids du
milieu urbain, mais sans brader la représentation des petites et moyennes
villes qui assurent un maillage économique, social et humain de notre
territoire.
Toutefois,
la voie qui souvre à cette indispensable réforme est étroite, depuis
la décision du Conseil Constitutionnel du 6 juillet 2000 qui a
censuré la loi dont lobjet était de supprimer le lien établi entre
leffectif du conseil municipal dune commune et le nombre de ses délégués
sénatoriaux pour lui substituer une clé démographique unique : un
électeur sénatorial pour 300 habitants.
Dans
cette décision, très importante, le Conseil Constitutionnel, après
avoir réaffirmé, de manière éclatante, que « le Sénat assure la
représentation des collectivités territoriales de la République »,
a fait découler de ce principe deux conséquences claires, logiques et
incontournables :
la
première est que « toutes les catégories de collectivités
territoriales » doivent être représentées dans le corps électoral
du Sénat qui doit « refléter leur diversité » ;
la
seconde est que les membres du corps électoral des sénateurs « doivent
émaner » des collectivités locales et que, « par suite, ce
corps électoral doit être essentiellement composé de membres des
assemblées délibérantes des collectivités territoriales » et non
de délégués supplémentaires choisis en dehors du conseil municipal.
La
participation de ces derniers au collège électoral doit conserver un
caractère de simple correctif démographique.
Dans
ces conditions, la seule réforme possible pour renforcer le poids des
villes dans le collège électoral des sénateurs, « sans déshabiller
Pierre pour habiller Paul », cest-à-dire sans diminuer la représentation
des petites et moyennes communes, semble résider dans la proposition que
le Sénat avait faite en 1999 comme contre-projet au texte du
Gouvernement.
Il
sagissait de figer la situation actuelle pour les communes de moins de
9.000 habitants et, au-delà de ce seuil démographique, de prévoir
quen plus des conseillers municipaux, électeurs sénatoriaux de droit,
seraient désignés des délégués supplémentaires à raison de 1 pour
700 habitants.
Sans
doute faudrait-il porter cette tranche démographique de 700 à 1.000
habitants pour ne pas encourir les foudres du Conseil Constitutionnel que
ne manquerait pas de provoquer une proportion trop importante de délégués
sénatoriaux non élus locaux.
Quant
à la répartition des sièges de sénateurs entre les départements, elle
ne reflète quimparfaitement lévolution démographique de la France
et accorde, de ce fait, une certaine prime aux départements les moins
peuplés, cest-à-dire aux départements ruraux.
Cette
situation résulte de la non application depuis 1976, de la clé de répartition,
consacrée en 1948, qui prévoit que chaque département dispose dun siège
de sénateur pour 150.000 habitants et, au-delà de ce seuil, dun
siège supplémentaire part tranche de 250.000 habitants ou fraction
de ce nombre.
A
cet égard, force est de constater que le département de la Creuse
dispose de deux sièges de sénateurs pour 124.500 habitants, soit un siège
pour 62.250 habitants, tandis que le Var nen possède que trois pour près
de 900.000 habitants, soit un siège pour 300.000 habitants.
Pour
remédier à ce déséquilibre qui avantage les départements les moins
peuplés, cest à dire les « départements ruraux », deux
solutions sont envisageables :
la
première solution, qui relèverait dune loi organique, consiste à
augmenter le nombre de sièges pour limiter limpact de cette nouvelle répartition,
en termes de perte de sièges, dans les départements dont la population a
relativement, ou dans labsolu, diminué. Le Sénat a préféré écarter
cette solution, considérant que lopinion publique nétait pas
encline à accepter une augmentation du nombre de parlementaires.
la
seconde solution, qui relève dune simple loi ordinaire, implique,
quant à elle, une nouvelle répartition des sièges entre les départements
à effectif constant, laissant ainsi jouer sans aucun « amortisseur »,
la redistribution des sièges entre les départements.
Sur
lensemble de ces sujets, il appartiendra au Sénat de se déterminer et
dengager, lui même, des évolutions permettant de répondre à ces déséquilibres.
Expression
des territoires, émanation des collectivités locales, cest donc
presque tout naturellement que le Sénat français est devenu et
cest le second et dernier temps de mon propos le défenseur
des collectivités locales.
« Grand
Conseil des communes de France », pour reprendre lexpression
utilisée par Gambetta dans son discours de Belleville, en 1875, le Sénat
a en effet été renforcé par la décentralisation dans son rôle de défenseur
des collectivités territoriales dont il sacquitte de deux manières.
En
premier lieu, le Sénat sest érigé en protecteur de lautonomie
locale, tant dans ses activités de législateur que dans sa mission de
contrôleur.
Cest
ainsi que le Sénat sest progressivement doté pour lexamen des
textes relatifs aux collectivités locales, dun corps de doctrine qui
transcende largement les clivages politiques.
Fondamentalement
celui-ci consiste en une promotion et une défense de lautonomie
locale, qui doit reposer sur des élus disposant dun véritable statut
et des collectivités locales possédant les moyens de mettre en uvre
les politiques décidées par leurs assemblées délibérantes.
Par
ailleurs, dans sa mission de contrôleur, le Sénat tend à devenir le
veilleur et le gardien vigilant de la décentralisation quil considère
comme une réforme bénéfique dans la mesure où elle libère les
initiatives et les énergies locales, constitue un facteur defficience
de laction publique et contribue à lessor de la démocratie de
proximité.
Bien
plus, le Sénat estime que cette réforme est inachevée et une mission sénatoriale
dinformation a formulé récemment des propositions précises pour
« lActe II de la décentralisation ».
Sans
doute faudrait-il aller plus loin dans ce rôle daiguillon du
Gouvernement, en créant, au sein du Sénat, un observatoire permanent de
la décentralisation qui pourrait établir, chaque année, un rapport sur
létat de la décentralisation et de laménagement du territoire.
En
second lieu, le Sénat semploie, depuis deux ans et demi, à devenir la
Maison des collectivités locales.
Cette
quête de la proximité se traduit, tout dabord, par lorganisation
des Etats généraux des élus locaux que je tiens dans chaque région.
Ces
Etats généraux, dont la prochaine édition aura lieu à Marseille, le 15
juin, portent sur des thèmes précis comme la sécurité juridique,
lintercommunalité, les finances, leau... Ils sont préparés par
lenvoi préalable dun questionnaire pour mieux prendre le pouls des
élus locaux et la mesure de leurs préoccupations.
Loin
dêtre des « grands-messes républicaines » sans lendemain,
ces Etats généraux ont vocation à déboucher sur des réponses législatives.
Cest
ainsi que les Etats généraux de Lille, en septembre 1999, sont à
lorigine de la loi Fauchon du 10 juillet 2000 sur la responsabilité
des décideurs publics et privés en matière de délits non
intentionnels.
De
même les Etats généraux ont nourri une proposition de loi, adoptée récemment
par le Sénat, dont lobjet est de conférer aux élus locaux un statut
enfin digne de ce nom.
Troisième
illustration de cette démarche, ladoption par le Sénat de la
proposition de loi constitutionnelle, que jai cosignée avec les sénateurs
présidents des principales associations délus locaux et le président
du comité des finances locales, relative à la libre administration des
collectivités locales et à leur autonomie fiscale et financière.
A
cette occasion, nous avons proposé de reconnaître au Sénat des pouvoirs
spécifiques vis-à-vis des textes relatifs aux collectivités locales et,
plus précisément, dinstituer dans ce domaine un bicamérisme égalitaire.
Mais
quon ne sy méprenne pas ! Il ne sagit pas damputer le Sénat
de sa dimension dassemblée parlementaire à part entière et de le
cantonner dans un rôle de chambre spécialisée dans les affaires locales
pour en faire une sorte de « Bundesrat à la française »,
selon lexpression de Michel Rocard.
Au
contraire, il sagit de préserver ce rôle dassemblée parlementaire
tout en permettant au Sénat de vivre pleinement son bonus constitutionnel
de représentant des collectivités territoriales.
Par
ailleurs, le Sénat met en uvre, depuis 1998, une politique volontariste
de services offerts aux collectivités locales avec la création, au sein
du Sénat, du service des collectivités territoriales, louverture
dun site Internet dédié aux élus locaux (« Carrefour des
collectivités locales ») et, enfin, la mise à la disposition des
collectivités locales de lantenne sénatoriale de Bruxelles pour les
aider à accéder aux fonds structurels européens.
Le
symbole éclatant de cette proximité retrouvée avec les élus locaux a
été, sans conteste, la Fête de la Fédération, ou plutôt la Fête des
Maires, du 14 juillet 2000, qui a réuni autour des sénateurs, sur les
Champs Elysées puis dans les jardins du Sénat, 13.000 maires ceints de
leur écharpe tricolore.
A
lévidence, nos Sénats qui procèdent pour la plupart, dune façon
ou dune autre, des collectivités locales, doivent cultiver cette spécificité
qui fait leur force. Telle est certainement ma volonté pour le Sénat
français.
A
cet égard, je profite de notre rencontre pour prendre solennellement
lengagement damener la France à ratifier la Charte européenne de
lautonomie locale qui, comme vous le savez, a été signée par 38 des
43 pays membres du Conseil de lEurope et ratifiée par 34
dentre eux.
Parmi
les quatre pays signataires nayant pas encore ratifié cette Charte,
figure en effet la France aux côtés de lArménie, de la Belgique et
de lIrlande. Juvrerai donc pour que la France la ratifie dans les
meilleurs délais.
Assemblée
parlementaire à part entière et, de surcroît, Maison des collectivités
locales, tels sont les traits caractéristiques de la spécificité du Sénat
français quil est indispensable de préserver, et même de renforcer,
car elle constitue la raison dêtre du bicamérisme.
Notre
ambition est aussi de faire entendre notre différence, de rendre le Sénat
plus « populaire » au sens noble du terme et
de faire prendre conscience à nos concitoyens que le bicamérisme
constitue une chance pour la démocratie.
M.
Petr Pithart, Président du Sénat tchèque :
A
la dernière réunion, je nai pas eu loccasion de présenter le Sénat
tchèque qui est le plus jeune au monde. Je vais le faire donc
aujourdhui. Le Sénat a été établi en République tchèque comme
partie intégrante de la division du pouvoir et du système de frein et de
contrepoids. Cest un élément du contrôle parlementaire interne de la
législation et le gardien de la stabilité institutionnelle. Il nest
pas directement rattaché à lautonomie territoriale. Néanmoins, il
essaie dêtre un espace où se chevauche la politique de pointe, les
initiatives de la société civile et les connaissances des experts.
Le
Sénat tchèque ne représente pas des intérêts particuliers de la société
et se range parmi la minorité des chambres hautes du monde. La plupart
dentre elles sont en effet associées, dune manière ou dune
autre, à la représentation dintérêts différents de ceux de tous
les citoyens. Ce sont notamment les chambres de représentation
territoriale, dans la plupart des cas, quil sagisse des fédérations
ou dEtats unitaires décentralisés. Dans les chambres hautes, nous
pouvons aussi rencontrer des intérêts professionnels, religieux,
ethniques ou linguistiques.
La
Constitution tchèque na fait don de rien de tel au Sénat tchèque.
Bien quà sa naissance, en 1992, on ait prévu une base régionale,
territoriale, comme lavait recommandé le Président de la République,
Vaclav Havel, le Sénat a été établi en fin de compte sur le modèle de
la tradition tchécoslovaque de lentre-deux guerres, cest-à-dire le
partage horizontal des pouvoirs, utilisé depuis plus de 250 ans. A lépoque,
la première République tchécoslovaque ne faisait pas fonctionner ce
système bicaméral de façon optimale. Les Chambres du Parlement étaient
élues par le même mode de scrutin et au même moment ; la
discipline de parti était exceptionnelle et la pratique de prendre des décisions
politiques essentielles en dehors du Parlement était fréquente, si bien
que le Sénat ne pouvait accomplir ses fonctions de contrôle. Le
Parlement bicaméral a disparu peu après loccupation du pays en 1939
pour réapparaître avec la fédéralisation de la Tchécoslovaquie en
1968.
Pendant
vingt-trois ans, lAssemblée fédérale était composée de deux
chambres, la Chambre du Peuple et la Chambre des Nations, mais le principe
du bicamérisme a été amputé, tout dabord, par le monopole du parti
communiste tchécoslovaque, puis, plus tard, affaibli par la pratique des
réunions communes des deux Chambres. LAssemblée fédérale était
dores et déjà menacée par une grande paralysie en raison des différends
relatifs à la répartition des pouvoirs entre la Fédération et la République
nationale.
Dans
les années 1990-1992, lexpérience historique tchèque jette une lumière
nouvelle sur les maximes de Charles de Montesquieu et de ses successeurs.
Cette expérience est associée, non seulement au système totalitaire,
mais aussi à la période qui la précédé. Le principe de la séparation
et de la pondération des pouvoirs était déjà mis en cause par la
concentration des pouvoirs entre les mains dun groupe relativement
faible de leaders de parti durant la première République démocratique
de lentre-deux guerres.
La
même situation sest reproduite dans les années 1945-1948 avec une
pluralité limitée. A lépoque, il sagissait de lassociation des
quatre partis politiques autorisés dont le parti communiste tchécoslovaque
était le plus puissant. Ni le parlement bicaméral, ni la Cour
constitutionnelle nont alors été renouvelés. LEspagne a connu la
même expérience, cest à dire la disparition de la Chambre Haute, au
moment du régime autoritaire. Cest pourquoi je considère le bicamérisme
comme un élément de stabilisation des institutions et du système
politique, notamment dans des sociétés post-totalitaires où, pendant un
certain temps, existe une grande tentation de revenir au système
autoritaire.
Dans
tous les pays qui ne connaissent pas de tradition libérale, dans lesquels
la société civile na pas été développée, il y a ce risque de
revenir à une forme de démocratie non-libérale. Certains régimes
instaurés avec des élections démocratiques et libres ignorent la
limitation du pouvoir, les contraintes fixées à ce pouvoir par la
Constitution et le respect des droits et libertés fondamentaux. Dans ce
genre de pays, les garde-fous doivent être plus importants que là où la
tradition du libéralisme constitutionnel est plus forte.
Le
passage vers léconomie de marché et la démocratie parlementaire, qui
na pas eu de précédent, ne saurait jamais éviter les crises qui
favorisent la montée des populistes et des extrémistes de toutes sortes.
Les pays post-communistes courent le risque de manquer de stabilité dans
une mesure bien plus grande que les pays où les institutions démocratiques
fonctionnent déjà bien. Force leur est de protéger cette démocratie ô
combien fragile.
Un
parlement bicaméral constitue lune des garanties indispensables, mais
seulement à deux conditions : la première, cest que les deux
Chambres de ce Parlement diffèrent lune de lautre, non pas parce
que quelquun le souhaite, mais parce quil sagit dune conséquence
logique de deux modes différents de constitution, sans égard à la
personne des élus, députés ou sénateurs. La deuxième condition,
cest que le dialogue entre les Chambres ne constitue pas une simple
conversation, mais quil entraîne, dans le processus législatif, des
conséquences importantes.
Les
différences entre les Chambres sont fixées dans notre pays par la
Constitution. Les sénateurs sont élus pour six ans, le mandat des députés
étant de quatre ans. Le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans
et ne peut être dissout. Les sénateurs sont élus au scrutin majoritaire
à deux tours. La Chambre des députés est renouvelée de façon intégrale,
elle peut être dissoute dans certaines conditions et les députés sont
élus selon le mode de scrutin proportionnel, sa forme concrète faisant
lobjet de négociations actuelles.
La
moindre puissance de la Chambre Haute, de concert avec une élection au
système majoritaire et un mandat relativement long, conduit à une dépendance
plus faible des sénateurs vis-à-vis des partis politiques et diminue
ainsi le risque de concentration du pouvoir. Il semblerait donc quil
ny a pas de lien entre le Sénat et les régions. Ce nest pas tout
à fait vrai. Le système politique et social en République tchèque
demeure hélas centralisé. Ce nest que lannée dernière que nous
avons lancé une réforme territoriale et ce nest que cette année que
nous avons mis en marche léchelon supérieur de lautonomie
territoriale, les régions.
Le
Sénat dispose dun organisme spécial qui examine les possibilités de
sa propre réforme et, mes collègues et moi-même, ne pensons pas que
lheure est venue daborder une régionalisation du Sénat, à
linstar des modèles de lEurope occidentale.
Je
crois que nous pourrions nous inspirer de différents exemples comme la
France, lItalie, les Pays-Bas ou lEspagne. Nous espérons un lien
personnel entre le Sénat et les élus régionaux. Nous apprécions ce que
la France a développé depuis 1875, cest à dire la coopération entre
les communes.
Le
système électoral majoritaire relie les sénateurs à leur
circonscription par une logique de fer. Par leur intérêt légitime à être
réélu, ils sont sensibles aux problèmes et aux intérêts de la
politique municipale. Le Sénat devient ainsi létage supérieur de la
politique communale. Or, cette politique communale, quel que soit le pays
au monde, est difficilement maîtrisable par un seul parti. La défense
des intérêts des hommes et des institutions qui réalisent ce genre de
politique devrait appartenir à une Chambre qui a été élue selon le
mode de scrutin majoritaire. Mais les tendances du multiculturalisme, qui,
dans la théorie politique, sont associées au bicamérisme, engendrent le
fait quil ne faut pas se lier à un seul type dintérêt. Il faut au
contraire encourager leur diversité.
Des
perspectives extrêmement larges souvrent devant nous. Le Sénat a à
sa charge les affaires importantes, mais aussi celles qui le sont moins ;
il devient aussi une tribune des intérêts de la politique communale,
tout en définissant les priorités du pays à long terme. Voilà donc
deux domaines différents des activités du Sénat. Ce ne sont pas tous
les sénateurs qui sy retrouvent, mais peu importe. Le style des débats
sénatoriaux et de la prise de décision est tranquille, pondéré, les
uns prêtent loreille aux autres pour porter au mieux la fonction du Sénat
en sa qualité de Chambre de réflexion. Le Sénat du Parlement de la République
tchèque est une version originale parmi les autres Sénats, institutions
plutôt conservatrices. Il essaie de saisir les besoins particuliers de
son pays et de son temps. Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, quen
lan 2003, au printemps très vraisemblablement, la réunion de notre
association se tienne dans la ville de Prague. Et je vous accueillerai
avec grand plaisir.
Je
vous remercie de votre attention.
Mme
Françoise Saudan, Présidente du Conseil des Etats de Suisse :
La
Constitution fédérale suisse prévoit que le Conseil des Etats se
compose de quarante-six députés, cest à dire deux députés pour les
vingt-trois cantons qui constituent la Confédération helvétique.
La
population de chaque canton, du plus grand comme du plus petit en
population, en surface, en pouvoir économique, élit deux députés. Ce
qui nous donne le même paradoxe que vous avez relevé, M. le Président,
mais de manière encore plus éclatante, à savoir que le plus petit
canton, Appenzell Rhodes-Intérieures, quinze mille habitants, qui
forme un canton avec Appenzell Rhodes-Extérieures, élit un sénateur,
et que le canton de Zurich, qui est le centre économique du pays, avec un
million cent mille habitants, élit deux sénateurs. Si je nai pas
oublié mes notions darithmétique, cela aboutit dans un cas à un sénateur
pour quatorze mille habitants et, dans lautre cas, à un sénateur pour
cinq cent cinquante mille habitants.
Les
républiques et cantons édictent les règles applicables à lélection
de leurs députés et dans tous les cantons, à lexception du dernier
petit canton de la Confédération, le canton du Jura, dans lequel le système
majoritaire est appliqué à lélection des sénateurs.
Lautre
Chambre de lAssemblée fédérale suisse, le Conseil national, se
compose de deux cents députés, élus selon le système proportionnel.
Alors, si je reprends mon exemple, Appenzell Rhodes-Intérieures
aura un député alors que le canton de Zurich en aura trente-cinq.
Doù léquilibre qui se fait dans notre pays.
Les
deux Chambres siègent et délibèrent séparément. Mais, elles ont des
attributions et des compétences parfaitement identiques. Cest la spécificité
du régime suisse qui a fait dire à notre éminent constitutionaliste
quest Jean-François Aubert que cest le bicamérisme parfait.
Aucune Chambre na en effet de prépondérance sur lautre. Comment
nous mettons-nous daccord ? Une procédure délimination
des divergences est naturellement prévue, dont la dernière étape est la
Conférence de conciliation qui regroupe à la fois les sénateurs et les
conseillers nationaux. A ma connaissance, nous nous sommes toujours mis
daccord à ce stade.
Maintenant,
en ce qui concerne la représentation, là aussi, nous avons des différences
importantes avec notre grand voisin lAllemagne, ou avec notre voisin
autrichien. Les membres du Conseil des Etats, et cela est garanti par
notre Constitution fédérale, votent sans instruction. Aucun canton ne
peut imposer un vote dans un sens ou dans un autre. Cest pour cela que
la différence est assez importante, en particulier avec certains de nos
pays voisins.
Bien
entendu, nous entretenons des contacts extrêmement étroits avec les
cantons, soit avec les Parlements, soit avec les autorités exécutives.
Lorsque notre compagnie nationale Swissair a décidé dabandonner laéroport
de Genève Cointrin, tous les députés genevois se sont retrouvés pour défendre
les intérêts de notre aéroport. Est-ce quon peut dire que les sénateurs
accordent plus dintérêt aux intérêts de leur canton ? Aucune
étude na pu le démontrer de manière absolue. On a pu constater que,
pour certains sujets, il y a une forme dunion sacrée qui fait se
retrouver à la fois les conseillers nationaux et les conseillers aux
Etats pour défendre les intérêts de leur canton.
Ceci
explique lexistence dune structure, dont je ne sais pas si elle
existe dans dautres pays : la conférence des gouvernements
cantonaux. Elle regroupe les autorités exécutives des différents
cantons et y sont débattus des sujets dimportance fédérale, mais qui
ont aussi des conséquences importantes sur les cantons. Je vais vous
donner deux exemples concrets : dune part, les enjeux de politique
sociale ou de formation, dautre part lintégration européenne. Ce
sont des enjeux fédéraux où les cantons ont ressenti le besoin de se réunir
pour pouvoir fixer une position commune. Cest en particulier cette conférence
des gouvernements cantonaux qui soccupe déjà de savoir, dans le cadre
du deuxième round des négociations bilatérales, sil est important
pour notre pays et si cela pose des problèmes aux cantons frontaliers,
dintégrer lespace Schengen ou dadhérer à la Convention de
Dublin.
Naturellement,
compte de la structure spécifique de notre pays, un des enjeux essentiels
est la péréquation financière intercantonale. Cest un enjeu
fondamental pour la cohésion de notre pays, puisque pour certains cantons
comme le canton du Jura ou le canton dUri, quasiment 80 % du
budget ou des grands projets dinfrastructures sont financés par la
confédération. Or, cette péréquation financière intercantonale, qui
est un instrument essentiel de la cohésion nationale a montré ses
limites, parce que des cantons, que ce soit celui de Zurich, de Genève ou
de Bâle, deviennent de plus en plus riches et certains autres cantons
sappauvrissent. La nécessité sest donc faite jour de remettre à
plat cette péréquation financière intercantonale, et la conférence des
directeurs cantonaux des finances a joué pour cela un rôle essentiel.
La
question qui se pose à nous est la suivante : quel sera le rôle du
Conseil des Etats à lavenir ? Dans une Europe des régions en évolution,
il est nécessaire de prendre en compte les intérêts du pays et les intérêts
de chaque canton. Des initiatives ont été lancées pour faire fusionner
deux cantons, le canton de Vaux et de Genève, des réflexions ont également
lieu en Suisse allémanique pour créer des entités dun certain poids.
Toute la réflexion est de savoir comment nous allons continuer à défendre
les intérêts des cantons dans ces grands équilibres, car on ne peut pas
sen tenir au niveau purement local.
Quelle
est la dernière caractéristique du Conseil des Etats ? Je serais
peut-être un petit peu prétentieuse en vous disant cela, mais on
qualifie dans mon pays le Conseil des Etats de chambre de réflexion.
Pourquoi ? Parce quavec le système que nous connaissons, nous
intervenons souvent après le Conseil national, hormis pour certaines
affaires qui concernent directement les cantons où nous sommes
prioritaires. Cela nous donne le temps de suivre la manière dont se déroulent
les débats dans le Conseil national, de réfléchir à des solutions éventuelles,
et dêtre en quelque sorte les gardiens de la Constitution. Nous
assurons également la qualité de la législation et la stabilité du
droit.
Je
terminerai mon propos par une citation un peu humoristique de Jefferson,
qui disait très joliment : « Le thé est moins chaud quand on
le verse dans une deuxième tasse avant la première. »
M.
Tone Hrovat, Président du Conseil national de Slovénie :
Le
système parlementaire de la République de Slovénie est très jeune.
Mais le bicamérisme est inscrit dans la Constitution et nous gardons bon
espoir non seulement de le conserver mais aussi de le renforcer. Dans sa
partie consacrée aux pouvoirs d'Etat, la Constitution de 1991 définit le
Conseil national immédiatement après l'Assemblée nationale. Si
l'Assemblée nationale se compose de députés qui représentent
l'ensemble de la population nationale, le Conseil national rassemble les
représentants des intérêts de la sphère sociale ainsi que les intérêts
économiques, professionnels et locaux.
Les
attributions constitutionnelles du Conseil national sont l'initiative législative,
le droit de donner son avis à l'Assemblée nationale sur toutes les
affaires de la compétence de celle-ci, le droit de veto suspensif, c'est-à-dire
le droit de demander à l'Assemblée nationale un deuxième examen
des lois avant leur promulgation, le droit de demander la tenue d'un référendum
législatif (conformément au deuxième alinéa de l'article 90 de la
Constitution) et le droit de demander une enquête parlementaire sur des
affaires d'intérêt public (conformément à l'article 93 de la
Constitution).
A
la demande de l'Assemblée nationale, il doit donner son avis sur une
affaire particulière. Les compétences du Conseil national en matière de
procédure législative ont été élargies avec la dernière modification
du Règlement du Conseil national. Le Conseil national acquiert ainsi le
droit d'amender les propositions de lois même lorsqu'il n'est pas à
l'initiative de celles-ci.
D'une
certaine façon, le dispositif actuel rassemble l'idée d'un conseil
national et l'idée d'une deuxième chambre, représentant des intérêts
locaux. La majorité des membres du Conseil national, cela ne fait aucun
doute, représentent les intérêts des parties du territoire organisées
au niveau local, dans le cadre de l'autogestion locale, et défend donc
les intérêts locaux. Le Conseil national, dans sa forme actuelle,
regroupe cependant une gamme d'intérêts particuliers beaucoup plus
large, non seulement les intérêts locaux, mais aussi les intérêts
socioprofessionnels. Outre les représentants des intérêts locaux, siègent
au Conseil national les représentants des secteurs non économiques, des
employeurs, des salariés, des agriculteurs, des artisans et des
professions libérales.
Les
résultats du travail effectué par le Conseil national prouvent de manière
certaine que celui-ci assume pleinement et efficacement sa fonction
correctrice par rapport au travail de l'Assemblée nationale. Son expérience
contribue à former le socle du développement du système bicaméral et
du renforcement de la démocratie.
La
position et la structure du Conseil national impliquent un régime électoral
différent de celui de l'Assemblée nationale.
En
tant que représentants des intérêts particuliers, les conseillers
nationaux sont élus au suffrage restreint par les expressions de ces intérêts
particuliers, à la différence des députés de l'Assemblée nationale
qui sont élus au suffrage universel. En matière de représentation des
intérêts locaux, étant donné que ceux-ci s'articulent dans les
collectivités locales, ce sont les grands électeurs de chacune des 22
circonscriptions territoriales qui élisent leur conseiller national représentant
des intérêts locaux.
Si
la loi régissant le Conseil national a posé le principe du suffrage
indirect, les dispositions transitoires de l'article 66 prévoyaient une
exception pour les premières élections des représentants des intérêts
locaux qui devaient être élus au suffrage direct.
L'exception
avait été motivée par le fait que les structures d'autogestion locale
existantes n'étaient pas conformes à la nouvelle Constitution, les
nouvelles communes et autres collectivités locales n'ayant pas encore été
constituées ni, à plus forte raison, leurs différents organes comme
porteurs des intérêts locaux.
Pour
les élections suivantes, de décembre 1997, qui ont permis d'élire les
conseillers de la législature actuelle, le Conseil national avait proposé
d'appliquer de nouveau le mode de scrutin de 1992 qui prévoyait l'élection
des représentants des intérêts locaux au suffrage universel direct avec
scrutin majoritaire. Toutefois, la proposition avait été refusée par
l'Assemblée nationale.
L'élection
des 22 représentants actuels des intérêts locaux s'est fait au suffrage
indirect par les collèges électoraux locaux et l'élection des 18 représentants
des intérêts socioprofessionnels au suffrage indirect, comme déjà en
1992, par les collèges socioprofessionnels nationaux.
Les
22 circonscriptions électorales des représentants des intérêts locaux
sont formées par le territoire d'une ou de plusieurs collectivités
locales.
Les
circonscriptions électorales sont déterminées par la loi.
Le
régime électoral institué par la loi de 1992 confère aux partis
politiques un rôle qui mérite d'être examiné. Les candidats au mandat
de conseiller national au titre de la représentation des intérêts
locaux peuvent être proposés par tous les électeurs de la
circonscriptions (disposition transitoire prévue pour les premières élections
de 1992), par les Conseils des collectivités locales mais aussi par des
partis politiques, alors que ceux-ci ne peuvent pas proposer de candidats
au mandat de conseiller national pour les quatre autres Groupes de
conseillers nationaux qui représentent les intérêts
socioprofessionnels.
Au
sein du Conseil national, les représentant des intérêts locaux forment
le Groupe dintérêts des intérêts locaux. Les quatre autres Groupes
d'intérêts représentent chacun respectivement les intérêts des
secteurs non économiques, des employeurs, des salariés, et du groupe des
agriculteurs, artisans et professions libérales.
Par
leur mode de scrutin, les conseillers représentants des intérêts locaux
sont davantage liés à la communauté qui leur a confié leur mandat.
On
peut s'étonner que des partis politiques représentés au parlement et,
à plus forte raison, les partis de la majorité parlementaire témoignent
d'une si faible propension à collaborer de manière constructive avec les
représentants des intérêts locaux au Conseil national.
Cette
attitude est d'autant plus surprenante que, lors des élections à
l'Assemblée nationale, les partis politiques proposent volontiers comme
candidats leurs membres qui exercent déjà un mandat de maire.
Il
serait plus raisonnable que ceux-ci rejoignent le Conseil national plutôt
que d'agir au sein de l'Assemblée nationale comme des représentants des
intérêts territoriaux, aux côtés d'autres députés davantage tournés
vers l'intérêt général.
La
structure du Conseil national garantit aux représentants des intérêts
locaux la possibilité de faire valoir des intérêts spécifiques qui ne
seraient pas suffisamment perçus par l'Assemblée nationale ou par le
gouvernement, tant dans le domaine législatif que dans l'orientation des
politiques spécifiques. L'action du Conseil National est menée à
travers de nombreuses initiatives, avis et questions de ses conseillers.
Au
sein du Conseil national, les représentants des intérêts locaux
constituent un des cinq Groupes d'intérêts. Le Groupe élit un chef qui
organise et dirige le travail de son Groupe, convoque les réunions et les
préside. Les experts du service technique du Conseil national sont à la
disposition des Groupes. Les Groupes formulent leurs postions par rapport
aux sujets inscrits à l'ordre du jour du Conseil national et de ses
commissions. Les membres des Groupes prennent part aux travaux des
commissions permanentes et des commissions ad hoc du Conseil national. Il
est de règle que le Groupe dintérêts des intérêts locaux délègue
au moins un de ses membres dans chacune des commissions.
L'appartenance
à un des Groupes d'intérêt met à larrière plan l'appartenance
politique des conseillers, ce qui apporte au débat politique une fraîcheur
inaccoutumée. Avec ses 22 conseillers sur les 40 que compte le Conseil
national, le Groupe dintérêts des intérêts locaux est le mieux représenté.
Il se garde cependant de la tentation d'imposer ses vues par la mécanique
du vote majoritaire ou par l'effet du nombre. Les intérêts qu'il représente
se réalisent à travers le dialogue et l'harmonisation avec les Groupes
socioprofessionnels du Conseil national.
Les
représentants des intérêts locaux défendent au mieux les intérêts
des communes qu'ils représentent. Ils encouragent la coopération
intercommunale et l'association des communes de leur circonscription. Ils
entretiennent des relations directes avec leurs électeurs, c'est-à-dire
avec les maires et les conseillers municipaux. Ils restent à l'écoute
des autres citoyens par le truchement d'un système de permanences tenues
dans différentes communes de leur circonscription. Les locaux et une aide
d'expert sont mis à leur disposition par les communes. Cette forme de
coopération constitue loccasion de se sensibiliser aux besoins et aux
opinions des citoyens. Les conseillers disposent ainsi d'informations de
première main et se trouvent mieux à même de présenter ces intérêts
dans les commissions du Conseil national et dans leur propre Groupe
dintérêts. Certains conseillers organisent dans leur circonscription
des rencontres ou débats en vue de communiquer sur des initiatives législatives
ou en vue d'une formulation appropriée de celles à venir.
Les
conseillers nationaux représentants des intérêts locaux sont perçus
par les collectivités locales comme des intermédiaires pour faire prévaloir
leurs positions ou réaliser leurs propositions, particulièrement lorsque
celles-ci nécessitent la collaboration avec d'autres institutions de l'Etat.
Aux
conseillers nationaux est échu le rôle d'informer et de convaincre les
différentes instances de l'Etat de manière à ce qu'elles prennent des décisions
qui conviennent aux communes. C'est un exercice délicat mais bien confirmé
à travers le travail quotidien des différentes structures du Conseil
national. Au cours des réunions des comités et commissions du Conseil
national il est possible détablir des contacts plus aisés avec des
structures analogues de l'Assemblée nationale, avec le gouvernement et
avec les ministères.
Il
me semble que Conseil national slovène est un instrument efficace pour
mener à bien ses objectifs. Il reste ouvert tant aux initiatives de ses
propres conseillers quaux initiatives des personnes extérieures intéressées,
des collectivités locales et des institutions de la société civile.
Conscient
de limportance des organisations non gouvernementales, le Conseil
national collabore avec plus de cinquante organisations non
gouvernementales présentes en Slovénie et leur apporte son aide,
particulièrement en les invitant à participer à lorganisation de
colloques. Rassembler les intérêts différents à travers la coopération
et lharmonisation demeure un des rôles importants du Conseil national.
M.
Nicolae Vacaroiu, Président du Sénat roumain :
Il
y a onze ans, dans un contexte de profonds changements, malheureusement
violents, du passage dun régime totalitaire à un régime réellement
démocratique, la Roumanie a commencé la reconstruction des institutions
dun Etat de droit dans le respect du principe de la séparation des
pouvoirs. Cétait une reconstruction nécessaire. En ce moment, le Sénat
de Roumanie regroupe 140 sénateurs élus de façon directe. Les
mandats sont répartis en fonction de la population, le rapport sénateur/électeurs
étant de 140 000. Les candidats se présentent soit sur les listes
des partis, soit en tant quindépendant.
A
première vue, il y a une représentation proportionnelle des différentes
régions dans le Sénat de la Roumanie. Mais les choses sont différentes
en raison du grand nombre des partis qui participent aux élections (entre
40 et 160 partis), et du nombre important de candidats, si bien que dans
le Sénat, en dernière instance, on ne retrouve que cinq ou six formations
politiques. Il apparaît ainsi quun grand nombre de mandats sont répartis
sur la base dune liste. Il en résulte une anomalie de proportion :
dans certaines régions, un sénateur est élu avec 2 000 voix au
lieu de 140 000. Il existe donc un déficit de représentation des
collectivités locales en Roumanie et cest la même chose pour la
Chambre des députés.
Prochainement,
une commission mixte de parlementaires et de représentants de la société
civile va réviser certains points de la Constitution de la Roumanie,
parmi lesquels se trouvent des références au rôle du Parlement.
Dans
la Constitution daujourdhui, le Sénat et la Chambre des Députés
ont pratiquement la même activité dans le rôle de législateur. La
question se pose aujourdhui de faire une séparation entre les
attributions du Sénat et celles de la Chambre des Députés.
Initialement,
plusieurs raisons expliquent une formulation identique pour les
attributions des deux Chambres. Dabord, il fallait repartir de zéro
pour créer un parlement qui soit adapté. A première vue, le passage par
une seule chambre nétait pas suffisant, parce quil fallait exercer
un double contrôle. Je ne vous cache pas quil y a eu un deuxième
argument, une sorte de prudence supplémentaire générée par ces années
passées sous le régime du totalitarisme, cest-à-dire un contrôle de
la décision. Plusieurs yeux à regarder, plusieurs cerveaux à contrôler
pour éviter les possibilités de produire une rupture dans la continuité
des réformes.
Cest
pourquoi la réunion daujourdhui présente un intérêt tout
particulier pour la Roumanie. Nous sommes très intéressés par votre expérience
et votre réflexion, par celle des autres Sénats dEurope pour quen
dernière instance, lorsque nous interviendrons dans le remaniement de la
Constitution, nous prenions une meilleure décision.
Le
Sénat a par ailleurs créé des bureaux sénatoriaux délocalisés et
fonctionnel, avec un secrétariat, des assistants qui permettent davoir
un contact permanent avec les collectivités locales. Pendant les deux
jours quil passe obligatoirement dans sa circonscription, le sénateur
a une relation directe avec ce bureau. Il peut montrer à la collectivité
locale des projets qui sont en cours au Sénat, écouter ses solutions,
ses idées. Ayant le droit dinitiative législative, le sénateur peut
ainsi apporter des amendements qui peuvent être acceptés directement par
les commissions qui rédigent les rapports. Si son amendement est rejeté
par la Commission, il peut aussi le présenter devant le Sénat.
Cest
donc une expérience utile. Nous avons cependant des situations où nos
collègues parlementaires passent très rarement dans leur circonscription
territoriale. Cest pourquoi il y a eu beaucoup de mécontentement dans
certaines régions. Je ne vous cache pas que nous étions inquiets à un
moment donné par lappréciation que portait la population sur le Sénat.
La même chose se passait pour la Chambre des Députés et en ma qualité
de nouveau président du Sénat, jai pris des mesures : depuis le
mois de janvier, jai revu lorganisation du fonctionnement du Sénat.
La principale modification a consisté dabord à affecter des sénateurs
dans les commissions spécialisées, là où la loi est élaborée, analysée,
là où lon prend les décisions finales qui mènent la loi devant le
vote du Sénat. La procédure a été simplifiée. Nous avons donné la
possibilité de déposer les amendements lors de la séance plénière. Et
de cette façon, lactivité de législateur a été accélérée plus
de vingt fois par rapport à ce qui se passait auparavant. Nous avons
adopté vingt fois plus de lois que lors de la législature passée, sans
bien sûr en diminuer la qualité.
Il
y a certes eu des critiques au début, mais il est nécessaire de bien
prendre en considération que la Roumanie doit adopter, dans une période
extrêmement courte, environ 12 000 lois, soit environ 2 500
par an. Vous imaginez que nous ne pouvons pas adopter une législation
stable pendant une période aussi courte, comme dans les pays membres de
lUnion européenne.
Les
débats en séance plénière se sont donc trouvés réduits, se sont déplacés
vers les commissions spécialisées et tout le monde apprécie cette
initiative. Le deuxième problème, qui nous a conduit à une situation
sans précédent, a été la marginalisation du Sénat et de la Chambre
des députés dans le processus législatif, au travers de ces
dispositions de la Constitution qui donnaient le droit à lexécutif de
prendre des ordonnances durgence dans certaines situations.
Pendant
les quatre dernières années, il y a plus de 1 000 ordonnances
simples, initiées par le gouvernement, ce qui a fait que le Sénat et la
Chambre des députés sont devenus une sorte dannexe de lexécutif.
Dans le domaine de la législation, il y a eu un phénomène
dinstabilité qui a été perçu par les investisseurs, en particulier
étrangers. Le phénomène de la corruption a augmenté, si bien que nous
envisageons de bloquer ces procédés qui permettent au gouvernement de
prendre des actes normatifs ayant force de loi.
Nous
souhaitons que le Sénat soit le médiateur réel des collectivités
locales : dans cette perspective, les attributions du Sénat doivent
être différentes à quelques exceptions près de celles de la Chambre
des Députés : il doit être le représentant direct des collectivités
locales. Le Sénat doit également porter son attention sur lactivité
de contrôle de lexécutif et enfin sur laccroissement de son rôle
dans le domaine de la politique étrangère. Dans le domaine législatif,
il doit axer ses activités sur les lois fondamentales, les lois
organiques.
Cette
réflexion est en phase de proposition. Une décision doit être prise par
la commission formée par les parlementaires et par la société civile.
Mme
Alicja Grzeskowiak, Présidente du Sénat polonais :
Le
Sénat en Pologne na pas de lien organique institutionnel avec les
collectivités territoriales. Il est tout simplement la seconde chambre législative.
Le Sénat na également aucune compétence particulière par rapport
aux collectivités territoriales.
Ce
lien ne concerne pas non plus le mode délection des sénateurs, élus
au suffrage universel direct. Une place au Sénat correspond environ à
370 000 habitants. Par le passé, il y avait en Pologne des
projets pour remplacer le Sénat par une chambre qui représenterait les
collectivités territoriales. Donc pendant les travaux sur la Constitution
actuellement en vigueur, il y avait lidée de constituer la chambre des
collectivités locales, mais celle-ci ne fut pas soutenue par la majorité.
Personnellement, jétais opposée à cette transformation du Sénat en
chambre des collectivités territoriales, car en fait ces propositions étaient
limitées au changement du mode délection des sénateurs et à la
restriction des compétences législatives.
Le
manque de lien formel entre le Sénat et les collectivités territoriales
ne signifie pas pour autant le manque de lien entre les pouvoirs publics.
Le Sénat du premier mandat, à savoir celui qui a été convoqué en
1989, lors des premières élections démocratiques en Pologne, a voté
une résolution sur le rétablissement des collectivités territoriales en
Pologne, et il a également initié les travaux législatifs allant dans
ce sens.
Le
Sénat a également convoqué la commission des collectivités
territoriales qui, de concert avec la commission constitutionnelle que
jai présidée à lépoque, coordonnait les travaux du Sénat sur la
réforme des collectivités.
Je
me souviens du jour où justement en tant que présidente de la commission
constitutionnelle du Sénat en 1990, jai présenté linitiative du Sénat
pour procéder aux amendements à la Constitution qui rendraient possible
le rétablissement et lactivité des collectivités locales.
A
lépoque, jai souligné le fait que le Sénat voyait dans les
collectivités locales lexpression de tendances démocratiques. La
nature et la portée des problèmes transmis aux collectivités
territoriales constituaient dailleurs la mesure de la subjectivité
politique des citoyens et de la liberté politique au sein de lÉtat.
A
lissue de cette initiative législative du Sénat, on adopta les lois
qui rétablissaient les collectivités territoriales au niveau de la
commune. Lintroduction des niveaux supérieurs de collectivités
locales suscitait encore à lépoque des réserves. On voulait par
ailleurs encore acquérir davantage dexpérience sur le fonctionnement
de ces collectivités territoriales qui pendant si longtemps
nexistaient pas en Pologne.
Ainsi,
cest donc le Sénat, en tant que première chambre du Parlement, élue
démocratiquement, qui amena à linstauration de la démocratie locale.
Dans environ 2 500 communes polonaises, les élections locales
de 1990 furent par conséquent les deuxièmes élections libres en
Pologne.
Lachèvement
de la réforme, entamée par le Sénat de la première législature, na
eu lieu que durant lactuel quatrième mandat du Parlement. Nous avons
introduit les niveaux supérieurs des collectivités territoriales au
niveau de la voivodie et au niveau du pawiat. Les projets de réforme
furent présentés par le gouvernement, mais la Diète et le Sénat jouèrent
un rôle prépondérant dans la formation du contenu de la nouvelle législation
sur les collectivités territoriales.
Le
Sénat, en tant quinspirateur du rétablissement des collectivités
territoriales en Pologne, sintéresse toujours de façon toute
particulière à leur développement. Cest principalement la commission
des collectivités territoriales et de ladministration dÉtat qui
sen occupe.
Pour
terminer, il importe de dire quà lissue des réformes des
collectivités territoriales, initiées par le Sénat, beaucoup de sénateurs
ont commencé à soutenir les initiatives locales de ces collectivités.
Certains se sont même présentés aux élections locales et furent élus
dans leurs organes dirigeants. Cependant, la nouvelle loi électorale à
la Diète et au Sénat, votée cette année, interdit le double mandat :
parlementaire et local. En effet, lexpérience a prouvé quil est nécessaire
de procéder à une séparation plus forte entre les collectivités
territoriales et le pouvoir législatif, conformément au principe
constitutionnel de la séparation des pouvoirs.
Cependant,
cela ne signifie pas que les sénateurs aient rompu tous les liens avec
les collectivités territoriales. La loi en vigueur sur lexercice du
mandat de député et de sénateur accorde aux sénateurs le droit de
participer aux sessions des organes constituant les collectivités
territoriales qui font partie de la circonscription qui les a élus. Le sénateur
a aussi le droit de présenter ses motions et ses remarques, et
dintervenir auprès des organes de ladministration des collectivités
territoriales pour régler la question quil présente en son nom propre
ou au nom de ses électeurs.
Je
pense que le Sénat de la Pologne, en exerçant ses droits dans le domaine
de la législation, continuera toujours à exprimer lintérêt quil
porte à la problématique des collectivités territoriales.
M.
Frédéric Korthals Altes, Président de la Première Chambre des États généraux
des Pays-Bas :
De
1579 à 1796, les sept provinces du Nord des Pays-Bas, constituaient
une république fédérale, la République des provinces unies. Ces
provinces étaient formées par les anciens comtés, un évêché, un duché
datant de lépoque féodale. Dans les provinces, le pouvoir souverain
était exercé par les Etats de cette province.
A
La Haye siégeaient à lépoque les Etats généraux, représentation
des sept provinces. A lorigine donc, les Etats généraux des Pays-Bas
formaient une représentation pure de collectivités provinciales.
Dailleurs, les Etats généraux étaient dominés par la très
puissante province de Hollande, celle qui se situe le plus à lOuest
des sept provinces. Les membres des Etats généraux étaient des représentants
de la province et navaient pas de liberté de manuvre.
Ils
étaient très liés par leur mandat, si bien que les Etats généraux,
qui avaient été si puissants au xviie siècle, brillaient au xviiie siècle
par leur manque de décision. Il y avait beaucoup dimmobilisme sur le
plan de la politique étrangère, puisque les décisions portant sur la
guerre et la paix étaient censées être prises à lunanimité. Donc
il nest pas étonnant que les historiens néerlandais essaient
davertir lEurope de limmobilisme qui menace si lon veut
absolument sen tenir à lunanimité au Conseil des ministres.
La
prise de décision était toujours retardée car les membres des Etats généraux
devaient consulter les Etats de leur province. En 1796, naît une nouvelle
république, la république batave. Celle-ci connaissait un gouvernement
central et une assemblée nationale élue directement. Le pouvoir des
provinces était ainsi éliminé. Après la conquête de la France, et
lintégration dans lempire, les Pays-Bas devinrent, de 1815 à 1830,
un royaume avec la Belgique. Lassemblée nationale reprenait en 1814
son ancien nom dEtats généraux et était à nouveau choisie par les
provinces.
Ce
nest quen ajoutant les Pays-Bas du Nord et la Belgique en 1815
quest institué le bicamérisme. Le Sénat que lon appelle la Première
Chambre des Etats généraux est née grâce à la demande très poussée
des Belges, je leur en suis dailleurs toujours reconnaissant. A
lorigine, il y avait la première chambre, dont les membres étaient
nommés par le Roi, appelée la « ménagerie du Roi ».
En
1848, la nouvelle Constitution démocratique prévoit que le Sénat sera
à nouveau élu par les Etats des provinces. Le Sénat poursuit ainsi la
tradition des anciens Etats généraux de la République des Provinces
unies. La Constitution prévoit cependant que tous les membres sont
responsables de leur propre décision et interdit toute instruction. De ce
côté là, la situation ressemble à celle qui a été décrite par la présidente
du Sénat de la Confédération helvétique.
Pendant
longtemps, le lien entre les Etats des provinces, douze à lheure
actuelle, et le Sénat était très fort. Les Etats provinciaux ne sont
pas uniquement composés des soixante-quinze membres du Sénat mais sy
trouvent aussi ceux qui sont responsables de la présentation des listes
de candidats. Dailleurs, cest quelque chose dextrêmement
compliqué sur le plan des calculs. Depuis 1818, on tient compte également
de la représentation proportionnelle : les provinces choisissent des
membres du Sénat tout en tenant compte de facteurs de proportion avec la
population. Il y a donc une représentation proportionnelle au Sénat.
Pendant longtemps dailleurs, les partis politiques navaient pas
beaucoup dinfluence sur la composition des listes de candidats.
Mais
aujourdhui, pratiquement tous les partis politiques participent à la
constitution de ces listes de candidats. Les membres des Etats provinciaux
doivent ensuite soumettre les listes de candidats de manière beaucoup
plus formelle, en tenant compte des décisions de leur parti. Nous sommes
donc passés dune liberté provinciale à une décision par les partis.
En 1966, nous avions fait une première tentative pour exercer une
influence sur cette nomination. La première réunion navait pas duré
plus de cinq minutes, car les membres des Etats provinciaux étaient venus
à la réunion mais refusaient de sexprimer tant que la direction du
parti était présente. Ils avaient le droit constitutionnel de présenter
des candidats et souhaitaient exercer ce droit. Mais aujourdhui, donc,
ce sont les partis qui établissent les listes et ce sont les Etats
provinciaux qui ensuite présentent ces listes de candidats. Nous
connaissons maintenant partout ce type de structure. Mais un parti doit
tenir compte de la répartition régionale des candidats.
Avec
des possibilités préférentielles, les Etats peuvent toujours choisir
des membres autres que ceux mentionnés sur la liste. Il y a donc
possibilité de corriger le tir lorsque un parti politique ne tient pas
suffisamment compte de cette répartition régionale tant souhaitée. A
lheure actuelle, deux sénateurs siègent au Sénat en dérogeant à
lordre de la liste. Les sociaux-démocrates de la province de Gueldre
ont repris le droit en main et ont corrigé le fait que leur parti ne
tenait pas suffisamment compte des intérêts de la province de Gueldre.
Depuis
1995, nous avons également un sénateur sans parti, choisi par les
provinces. Pour ce qui est de laspect législatif, les différences régionales
ne jouent pas un grand rôle au Sénat. Les intérêts de lagriculture
ou des PME sont les mêmes quelle que soit la région représentée.
Lorigine régionale des sénateurs ne sexprime que lors de
lexamen de propositions visant à revoir la structure communale. Là il
y a également la question de savoir si le sénateur provient dune
grande ville ou dune banlieue.
Entre
les provinces des xvie, xviie et xviiie siècles et la structure décentralisée
des xixe et xxe siècles, lorganisation politique a laissé peu de
place à linfluence forte des collectivités locales, même si les
provinces peuvent corriger le tir en proposant des candidats. La valeur
ajoutée du Sénat des Pays-Bas nest pas tant dans la représentation
des collectivités locales, mais dans le fait que ses membres ont un
horizon social ou une expérience différente des membres du Parlement.
Ces derniers sont des hommes politiques professionnels qui nont pas
forcément une grande expérience sociale. Ils sont beaucoup plus actifs
dans le domaine politique, alors que les sénateurs sont des personnes qui
ont déjà une longue carrière dans le domaine de la science, de
lentreprise et qui veulent encore vivre au sein de la société. Il
sagit souvent de professeurs, duniversitaires, danciens maires,
danciens chefs dentreprises, danciens ministres, ou danciens
membres du parlement. Donc, toute une kyrielle dexpériences. Par
exemple, nous avons trois anciens ministres de la justice, deux anciens
ministres des affaires étrangères, un ancien ministre de la santé, un
ancien ministre de la défense. Les sénateurs ne font pas souvent usage
du droit de veto ; ils accordent beaucoup plus dimportance à la
valeur du débat.
Voilà
donc ce que je voulais vous dire au cours de cette première réunion de
lAssociation des Sénats dEurope. En ce qui me concerne ce sera ma
dernière réunion, étant donné quau mois doctobre, je passerai le
relais à un représentant dun autre parti (chrétien-démocrate). Mais
il vient également dune autre province et il représente également
une autre collectivité locale.
M.
Alfredo Prada Presa, Premier Vice-président du Sénat espagnol :
En
tout premier lieu, je souhaite transmettre les excuses de Mme la Présidente
du Sénat espagnol, Mme Aguirra, qui malheureusement na pu se
rendre à Paris aujourdhui et na pu participer avec vous à cette réunion,
comme elle aurait souhaité le faire.
La
vie politique et constitutionnelle des pays que nous représentons présente
bien des paradoxes et aucun paradoxe nest aussi fort que celui que représente
le bicamérisme. Sil est vrai que les critiques contre les secondes
chambres sont assez nombreuses depuis un certain temps, un simple coup
dil à cette salle permet de constater que quasiment la totalité des
pays qui nous entourent se sont dotés, soit il y a fort longtemps, soit
au titre de réformes constitutionnelles plus récentes, dun système
bicaméral.
Face
à la longue liste de raisons que lon peut faire valoir contre cette
seconde chambre, on parvient à la conclusion que, généralement, le
choix de cette solution est lié à la réalité sous-jacente de la société
dans laquelle elle est présente. A cet égard, je rappellerai les termes
de Bagehot, un penseur et politicien anglais du xixe siècle, qui disait,
au sujet de la Grande-Bretagne, « il est évident que nous
naurions pas besoin dune chambre haute, si nous avions une chambre
basse parfaite », représentant comme il se doit la Nation, cest-à-dire
de manière toujours modérée, et jamais avec passion, et, si en aucun
cas elle ne faisait fi des procédures parfois détaillées et très
lentes qui sont nécessaires pour que lon puisse analyser comme il se
doit les problèmes.
En
Espagne, il faut le rappeler, nous avons un rôle important, en
particulier en raison de la fonction de représentation territoriale de
notre seconde chambre. Une partie de notre Sénat est élue, avec un
nombre égal de sénateurs pour chaque circonscription, quelle que soit la
population. Une autre partie est constituée de sénateurs, désignés par
les parlements autonomes. Et puis, il y a les villes de Ceuta et Melilla
qui élisent deux sénateurs. Il y a un sénateur par communauté autonome
en Espagne, plus un sénateur par million dhabitants.
Sur
les 259 sénateurs que compte notre Sénat, 208 sont élus par les
provinces et les autres sont désignés par les parlements autonomes. Le
caractère de représentation territoriale du Sénat espagnol se manifeste
également dans ses fonctions.
Il
y a également une participation différente entre le Sénat et le Congrès
des députés aux différents dossiers politiques, en particulier pour
toutes les compétences inter-territoriales, par exemple la conclusion
daccord entre les différentes entités autonomes. Il y a également
une intervention spécifique au titre du budget, prévue par la
Constitution. Cest un point important lorsque les communautés
autonomes prennent des décisions qui vont à lencontre de lintérêt
général des Espagnols et que celles-ci requièrent lintervention du
Gouvernement.
Lautorisation
du Sénat est prévue en amont de lintervention du Gouvernement.
Noublions pas non plus que les gouvernements autonomes doivent
participer aux débats de la Commission générale des communautés
autonomes. Et, dans le règlement, il est également prévu un certain
nombre de choses qui montrent nettement ce caractère territorial. Il
existe par exemple des groupes territoriaux au sein des groupes
parlementaires qui sont constitués de sénateurs provenant dune même
communauté et représentant le même groupe parlementaire.
De
plus en plus en Espagne, les institutions politiques souhaitent renforcer
le pouvoir du Sénat en tant quentité de représentation territoriale.
En 1994, a été créée la commission générale des communautés
autonomes qui a des compétences particulières dans le domaine de la
gestion des entités autonomes.
Lemploi
des langues officielles est autorisé dans le cadre de cette commission ;
la présence des représentants des gouvernements autonomes au sein de
cette commission est également prévue, ainsi que celle des conseillers
gouvernementaux de ces pouvoirs locaux et des présidents des autonomies
locales.
Après
les dernières élections en mars 2000, la réforme éventuelle du Sénat
est redevenue dactualité. La Chambre a ainsi adopté, le 16 mai
2000, une motion relative à une réforme du Sénat, en particulier en vue
de renforcer ses activités en tant quexpression de la pluralité
espagnole. La recherche du plus large consensus est le principe directeur
de cette réforme.
Un
dialogue a été entamé entre les différents présidents des communautés
autonomes et les porte-parole des groupes parlementaires respectifs. La répercussion
de différents phénomènes, tels que les formules qui permettraient de
renforcer lutilisation de langues qui au même titre que
lespagnol sont des langues officielles dans certaines
communautés autonomes, doivent être analysées. On a également convenu
de mettre en place un observatoire autonome, une sorte de bureau
danalyse de toutes les questions territoriales qui se concentrerait
plus précisément sur les aspects économiques.
Et
enfin, on se propose dentamer un processus de réflexion sur la
participation des présidents des communautés autonomes au sein de la
Chambre, pas sous la forme actuelle, dans le cadre de la Commission générale
des Communautés autonomes, mais bien au cur même, et de plein droit
dans les débats du Sénat.
Les
provinces et les municipalités existent depuis un certain temps en
Espagne et nous avons voulu renforcer les garanties constitutionnelles de
ces différentes entités. Le Sénat, réuni en séance plénière le 11
octobre 2000, a approuvé une réforme du règlement qui prévoit la création
dune commission permanente non législative, la commission des entités
locales. Cest une commission qui souhaite renforcer le rôle des
municipalités et des provinces, un rôle qui est pleinement reconnu dans
notre Constitution qui garantit leur autonomie. Il sagit dun nouvel
instrument qui doit permettre doffrir un lieu de débat, qui doit
recueillir les aspirations et entendre les problèmes que connaît
ladministration locale. Il sagit également doffrir de nouvelles
opportunités à ladministration autonome au sein de la Chambre.
Bien
que nous ayons toute une série de propositions qui sont étudiées et qui
visent à la création dun Sénat, véritable Chambre de représentation
des Communautés, il ne faut pas oublier pour autant que le Sénat a une
nature de Chambre parlementaire. Il fait partie des « Cortes »
de notre Parlement espagnol et a, à ce titre, une fonction législative
et de contrôle de la politique du Gouvernement, prévue par la
Constitution. La configuration du Sénat espagnol et ces tentatives de réforme
nous permettent de constater que la fonction de représentation des
communautés autonomes qui est très importante dans les secondes
chambres, surtout lorsquon est en présence dun Etat fédéral,
pourrait tout à fait se constituer autour des secondes chambres des Etats
unitaires.
Et
je crois quà ce moment-là, elles peuvent servir de trait
dunion entre les pouvoirs locaux et le Parlement national sans pour
autant renoncer à leur fonction de chambre de seconde lecture. Cette
fonction, bien que critiquée, nous semble encore aujourdhui
essentielle pour garantir le bon fonctionnement dun Etat démocratique.
Et puis pour reprendre ce que disait John Steward Mill, qui était un défenseur
infatigable des secondes chambres : « Une majorité dans
une Chambre unique, une fois quelle a un caractère permanent, peut
assez facilement se transformer en despote arrogant, à moins quelle ne
sente bien sûr que ses actes puissent être mis en concurrence par une
autre instance constituée ». Et Lord Wice rappelait que « lavantage
de diviser le pouvoir législatif en deux instances, cest que lune
des instances peut agir en tant quorgane de réflexion et de correction
des erreurs éventuelles de lautre Chambre».
M.
Gerd Klamt, Président du Bundesrat dAutriche :
LAutriche
est un Etat fédéral composé de neuf Länder autonomes. Ce qui est
essentiel pour un Etat fédéral, cest que les compétences soient délimitées
de façon très claire entre les Länder et le niveau fédéral, une répartition
qui doit être garantie par la Constitution afin déviter que les compétences
ne puissent être modifiées de façon unilatérale.
Les
Länder autrichiens sont dotés dorganes à pouvoir législatif
autonome, les parlements des Länder. Ils ont également des gouvernements
indépendants qui peuvent même signer des traités dEtat avec des régions
ou des Etats riverains. Pour garantir la représentativité des Länder,
le Bundesrat dispose dun droit de veto absolu, dont il peut user
lorsque le Parlement national prend des décisions qui vont à
lencontre des intérêts des Länder. Pour ce faire, il suffit de
disposer dun tiers des voix du Bundesrat. Par ailleurs, tous les
projets de loi élaborés par lAssemblée nationale doivent être présentés
au Bundesrat. Le Bundesrat peut faire valoir un droit de veto suspensif et
la même chose vaut pour les traités dEtat. Mais les intérêts des Länder
sont également garantis par deux autres mécanismes au niveau du
Bundesrat, à savoir quun tiers des sénateurs peut contester une loi fédérale
auprès de la Cour constitutionnelle et quil suffit dun tiers des sénateurs
pour exiger quune modification de la Constitution fasse lobjet
dun referendum.
La
Constitution autrichienne date de 1920. Cest en 1920 également qua
été créé le Bundesrat et, depuis cette époque, nous avons cet équilibre
de pouvoirs entre les Länder et le niveau fédéral. Les socio-démocrates
étaient davantage en faveur dun modèle fédéral. Les membres du
Bundesrat sont élus par les Parlements des Länder, le nombre des sénateurs
dépend du nombre dhabitants dun Land, le nombre allant de trois à
douze. La présidence du Bundesrat est assurée à tour de rôle ;
tous les six mois, cest un autre Land qui assure cette présidence. Mon
mandat arrive à terme à la fin de ce mois, je le savais dès le début
et je dois dire que cest un grand honneur pour moi davoir pu assurer
la présidence de ce Bundesrat pendant six mois et je conçois et admet
tout à fait que chaque Land ait le droit à tour de rôle dassumer
cette présidence. Cest au Parlement du Land de décider qui doit être
délégué au Bundesrat, mais la proposition doit être soumise par un
groupe politique et la personne doit être éligible au Parlement du Land.
Les sénateurs ont la possibilité de prendre la parole au sein du
Parlement du Land. Les ministres présidents des Länder ont la possibilité
de faire valoir leurs intérêts au niveau du Bundesrat et de défendre
les intérêts de leur Land, lorsque ceux-ci sont concernés. Les Länder,
et notamment les gouvernements et les parlements des Länder, se voient
remettre tous les documents concernant le processus législatif, à
commencer par les projets de loi élaborés par la première Chambre du
Parlement autrichien, en passant par le résultat des délibérations et
jusquaux décisions qui auront été prises par celui-ci.
En
même temps, les Länder sont invités à se prononcer, à faire valoir
les motifs qui peuvent les inciter à utiliser leur droit de veto
suspensif ou à utiliser leur droit de veto absolu. Mais en Autriche, nous
avons encore un troisième niveau administratif. Il sagit des
collectivités locales et notamment les communes. Il sagit là
dentités autonomes de ladministration au niveau local. Les maires
et le Conseil municipal exercent cette administration de façon indépendante
et autonome. Ils sont réunis dans le cadre de lUnion des communes dAutriche
et de lassociation des villes autrichiennes. Ces communes ne sont pas
représentées de façon directe par la deuxième Chambre, mais jouissent
du même droit dinformation que les Länder et sont invités, au même
titre queux, à se prononcer sur des projets de loi qui leur sont
soumis. Mais les communes en Autriche font partie des Länder, et le
mandat du Bundesrat est de représenter les Länder au niveau fédéral.
Il
existe en Autriche actuellement une discussion assez virulente concernant
le Bundesrat, car les Länder ont parfois limpression que le Bundesrat
se laisse davantage guider par les intérêts du niveau fédéral et du
parti central que par les intérêts des Länder. Et cest ainsi quun
certain nombre de propositions de réformes ont été élaborées ;
entre autres, il fut proposé que lon procède à lélection des sénateurs
au suffrage universel direct. Il fut également proposé que les sénateurs
devaient à lavenir respecter entièrement les décisions prises par
les parlements des Länder. A ce jour, les membres du Bundesrat sont complètement
libres dans lexercice de leur mandat. Dautres propositions suggèrent
également que les ministres présidents et les membres des gouvernements
des Länder représentent les Länder au niveau du Bundesrat. Mais je dois
dire que toutes ces suggestions seraient tout à fait possibles au titre
de la Constitution autrichienne. Les Länder peuvent parfaitement se faire
représenter par leur ministre président ou par les membres de leur
Parlement au niveau du Bundesrat, la seule condition étant quils
soient éligibles au niveau du Land. Mais lexercice des droits au sein
du Bundesrat est une question éminemment politique. La Constitution
autrichienne permet tout à fait une représentation efficace des Länder
au niveau du Bundesrat. Il existe en Autriche une identification très
profonde de la population avec son Land. Les citoyens se sentent réellement
citoyens de leur Land. Ceci sexplique par le fait que les Länder
existent, dans la très grande majorité des cas, depuis plus longtemps
que lAutriche elle-même. Cest une tradition qui remonte au
Moyen Age et après la deuxième guerre mondiale, les Länder ont contribué
de façon décisive au rétablissement de lEtat autrichien.
M.
Gernot Mittler, Président de la Commission pour les Affaires européennes
du Bundesrat dAllemagne, ministre dEtat :
LAllemagne
est un pays éminemment décentralisé. Nous avons seize Länder et ils
ont créé le Bund, la Fédération. Nous avions donc dabord les Länder,
puis le Bund. Et cest cet ordre chronologique qui détermine notre
organisation et il existe une délimitation très claire des compétences,
ce qui est essentiel pour une structure fédérale. Les Länder sont par
exemple compétents dans les domaines de la culture et de léducation.
Leurs compétences sont entérinées dans la Constitution. Pour ce qui est
des problèmes de lagriculture, de lécologie, les Länder sont également
particulièrement responsables, alors que le Bund est responsable de la
politique étrangère, de la politique de sécurité, de la politique
fiscale
Il
existe une délimitation très claire des compétences entre les Länder
et le niveau fédéral. Mais à côté de cette délimitation des compétences,
les Länder ont également la tâche de collaborer à la législation qui
est élaborée au niveau fédéral, ceci par lintermédiaire du
Bundesrat. A la différence de lAutriche, les Länder allemands délèguent
des membres auprès du Bundesrat ; ce ne sont pas des représentants
des parlements des Länder, mais des membres des gouvernements des Länder.
Chaque gouvernement dispose dun certain nombre de voix. Le plus grand
Land de lAllemagne, la Rhénanie du Nord - Westphalie, avec 18
millions dhabitants, dispose de six voix et le plus petit Land, le Land
de Brême avec 500 000 habitants, dispose de trois voix. La
proportionnalité nest donc pas entièrement respectée, bien au
contraire. Il existe un principe essentiel qui nous guide et qui régit le
rapport de force et la tension permanente qui peut exister entre des
organes si divers : le droit élaboré au niveau du Bund est
prioritaire par rapport au droit élaboré au niveau des Länder. Le deuxième
principe est le suivant : les Länder se doivent dêtre fidèles
au Bund et cest précisément à ce niveau là que se joue le rapport
de force et que lon peut trouver des solutions à des tensions
existantes.
Il
peut bien sûr exister des majorités politiques différentes au Bundestag
et au Bundesrat, cest le cas actuellement. Se pose donc la question de
savoir comment, dans un tel cas, le processus législatif peut être assuré.
Nous avons la commission dintermédiation qui est composée de façon
paritaire entre un nombre égal de représentants du Bundestag et de représentants
du Bundesrat. Cette commission a pour mission dessayer de trouver des
solutions aux conflits existants, en soumettant elle-même une
proposition au Bundestag et au Bundesrat.
Pour
ce qui est des communes et de leurs structures juridiques, ce sont les Länder
qui sont responsables, comme pour la dotation des moyens financiers. Je
tiens à préciser que, depuis 1992, nous avons, au niveau de notre loi
fondamentale, une disposition qui veut que pour les questions de lUnion
européenne les Länder peuvent, par le biais du Bundesrat, avoir le droit
à la parole. Les Länder sont ainsi co-décisionnaires.
A
côté de cette présentation des structures juridiques, je voudrais dire
que lAllemagne est un pays décentralisé et cest ce qui permet
aussi de nous retrouver en Europe, car lEurope se doit dêtre une
Europe des régions, en particulier si elle veut être vraiment acceptée
par nos concitoyens. Le principe de subsidiarité doit être le principe
porteur de lEurope daujourdhui et de demain, et ceci non
seulement au niveau des Constitutions, mais aussi au niveau de la pratique
quotidienne.
Nous
avons entendu aujourdhui quil existe un nombre important de modèles,
quil existe des aménagements très différents selon les pays. Nous
avons autant de configurations que nous avons de pays. Et je pense que la
question qui se pose à nous au sein de cette association est la suivante :
est-ce que nous réussirons réellement à rendre fertile, à rendre
porteur cette diversité de configuration de lEurope, afin que lEurope
reste proche de ses citoyens pour éviter que Bruxelles ne devienne un
conglomérat danonymes ?
Ce
sera la tâche qui va nous incomber et jirai même au-delà. Nous
venons de pays très différents, nous avons des traditions étatiques
juridiques très différentes et les différents projets qui ont été élaborés
concernant la Constitution européenne en témoignent. Le Chancelier
Gerhard Schröder, le Premier ministre français Lionel Jospin ont leur
point de vue à ce propos et je crois que ce sera réellement la question
pertinente quil va falloir trancher à lavenir. Je me demande si au
cours dune prochaine réunion nous ne devrions pas nous pencher également
sur ce problème.
Comment
pouvons-nous au niveau des Sénats apporter notre contribution afin
que nous puissions trouver ici une solution commune en ce qui concerne
lavenir de lEurope ? Comment pouvons-nous de façon
efficace et pertinente aller de lavant ? Cest une remarque que
je voudrais ajouter aux explications que jai données quant à
larchitecture juridique de mon pays.
M.
Armand De Decker, Président du Sénat belge :
Les
travaux que nous avons eus aujourdhui montrent combien cet échange
dexpériences entre nos différents Sénats est dune grande
importance et pourra être porteur de collaborations plus intenses qui
doivent évidemment mener à ce que le Président du Bundesrat allemand
vient de dire, cest-à-dire à une réflexion sur
lavenir de lEurope et sur le rôle notamment que les Sénats peuvent
y jouer, voire lapport que le cas échéant, le moment venu, un bicaméralisme
européen pourrait avoir.
Je
constate que de nombreuses personnalités politiques, par exemple, le Président
Jacques Chirac, MM. Joschka Fischer, Gerhard Schröder, Tony Blair ou Guy Verhofstadt,
ont fait allusion à linstauration, à un certain moment, dun bicaméralisme
européen. A ce moment-là, se posera évidemment la question de
savoir quelle forme ce bicaméralisme devra prendre. Sera-ce un
bicaméralisme axé sur le modèle germanique, cest-à-dire
où des représentants des gouvernements des Etats membres de lUnion siégeraient
dans ce Sénat européen, ou un bicaméralisme à la française, à
litalienne, à lespagnole ou à la belge, avec des parlementaires.
Mais
je voudrais, à ce stade, apporter la modeste expérience de la Belgique
par rapport à la question du rôle des Sénats et de la représentation
des collectivités locales.
Dans
la genèse de la démocratie locale et de lEtat de droit, les
collectivités locales ont longtemps joué un rôle de tout premier plan.
Les libertés fondamentales, la participation à ladministration,
linterdiction de larbitraire judiciaire sont autant de piliers de
notre conception du droit qui se sont développées dans les villes dEurope
au cours du Moyen-Age.
Dans
la conception moderne de lEtat, les collectivités locales ont un rôle
clé à jouer. Cet intérêt durable pour ladministration locale reçoit
actuellement une nouvelle bouffée doxygène grâce à limpact
croissant du principe de subsidiarité, mais aussi grâce aux tentatives
de comblement du fossé qui sépare le citoyen de la politique. En effet,
la subsidiarité est une expression récente mais peut-être aussi
un principe vieux comme le monde. La subsidiarité veut que léchelon
le plus bas nabandonne à léchelon supérieur que ce qui est
strictement nécessaire. Et a contrario que la compétence de la
collectivité supérieure sétende aux fonctions quelle peut remplir
de manière plus efficace que les communautés de base. Sy ajoutent les
rôles sociaux des collectivités locales. A une époque où lon évoque
sans cesse le fossé qui sépare les structures officielles des citoyens,
les collectivités locales sont les leviers appropriés pour rapprocher le
monde politique et la société civile.
En
Belgique, ces pensées sont venues se greffer sur un processus de fédéralisation
déjà amorcé dans les années soixante. Lordre institutionnel belge
qui ne comprenait jadis que lEtat, les provinces et les communes a été
enrichi de nouvelles collectivités décentralisées, à savoir les
communautés et les régions disposant de très larges autonomies. Il
sensuit que la Belgique, bien que de taille modeste, héberge
actuellement un Etat, trois régions, trois communautés, dix provinces et
près de six cents communes.
La
Belgique est marquée par une structure étatique que les auteurs
qualifient dhybride, composite, certains disent baroque, mais de
laquelle ils nous disent aussi quelle est à limage dun pays se
trouvant dans la zone frontalière des cultures romane et germanique.
La
transformation de lEtat belge en un Etat fédéral a entraîné une
profonde redistribution des attributions du Parlement. Depuis sa création,
la Belgique a connu un système bicaméral. La Chambre des représentants
et le Sénat se trouvent sur un pied dégalité. Mais lors de la réforme
de lEtat de 1993, ce système a été remanié de façon radicale. Les
deux lignes directrices de cette réforme sont, dune part, la
transformation du Sénat en une Chambre de réflexion pour la procédure législative
et, dautre part, la représentation des entités fédérées dans ce même
Sénat. Parmi les 71 sénateurs actuels, 21 sont des sénateurs dits de
communautés. Ils sont élus par les trois assemblées des communautés en
leur sein. Dix sénateurs sont élus par le conseil de la communauté
francophone, dix autres par le Conseil de la Communauté flamande et un
seul par le conseil par la petite communauté germanophone qui compte
70.000 habitants.
Le
Sénat assurait la représentation des collectivités locales supérieures
déjà bien avant la fédéralisation de la Belgique. Jusquen 1995,
plus dun quart des sénateurs était désigné par les conseils
provinciaux. En substituant les sénateurs de communautés aux sénateurs
provinciaux, la réforme du Sénat consacre en quelque sorte lépanouissement
des communautés en tant que nouvelles collectivités politiques.
Puisque
les membres des conseils de communautés sont toujours membres des
conseils de région aussi, toutes les entités fédérées se voient représentées
au Sénat par le biais des 21 sénateurs de communautés. Ils permettent
aux communautés et aux régions de faire entendre leur voix au sein du Sénat,
par exemple lors de la révision de la Constitution ou des lois fédérales
concernant le statut des entités fédérées. Les sénateurs de communautés
peuvent aussi débattre avec leurs collègues fédéraux qui sont élus
directement à léchelon fédéral, et même avec le Gouvernement fédéral.
Le Sénat en tire son appellation de lieu de rencontre des communautés
belges.
De
par sa composition, le Sénat est aussi le lieu par excellence pour la
discussion des matières qui transcendent la répartition rigide des compétences
entre les différentes collectivités politiques. Tel est par exemple le
cas des problèmes touchant à la mobilité, qui relèvent tant de la compétence
des régions que de celles des communautés et de lEtat. Il en va de même
pour dautres phénomènes complexes comme la pauvreté ou la société
de linformation.
Le
Sénat assure également lassociation des entités fédérées à
lexercice de quelques compétences fédérales. La justice, par
exemple, relève évidemment toujours du seul niveau fédéral. Cela
nempêche pas que les cours et tribunaux doivent appliquer aussi les
normes des entités fédérées. Le constituant en a tiré argument pour
confier au Sénat la responsabilité de nommer les membres du Conseil supérieur
de la justice qui, à son tour, est appelé à présenter les candidats à
une nomination dans la magistrature.
En
outre, le Sénat est simultanément investi de la mission exclusive démettre
des avis dans le cadre des conflits dintérêts intervenant entre les
assemblées législatives, quelles soient fédérales, communautaires
ou régionales. Le Sénat sen trouve érigé en gardien de la loyauté
fédérale, voire en pacificateur. En effet, toute composante de lEtat
fédéral est tenue au respect de la loyauté fédérale dans lexercice
de sa compétence. Et il appartient alors au Sénat de veiller à ce que
les grandes conventions qui règlent la Belgique soient exécutées de
bonne foi.
En
conclusion, le Sénat de Belgique reflète à la fois la complexe
sociologie du pays et son inspiration à chercher un juste équilibre
entre la solidarité et la subsidiarité. Dans un Etat où les collectivités
locales ont atteint un haut degré dautonomie, il importe de prôner la
cohabitation harmonieuse des cultures, ainsi quune meilleure compréhension
des différences. Le Sénat est la traduction institutionnelle de cette
volonté de concilier respect de la diversité et recherche dunité,
mais nest-ce pas là le défi de tout Etat pluraliste, cest-à-dire
dun Etat plus attentif à promouvoir la concorde quà légitimer les
exclusions ?
En
conséquence, le Sénat belge a profondément évolué. Entre un Sénat
qui était composé de sénateurs élus directement, de sénateurs envoyés
par les neuf provinces, et de sénateurs cooptés, il est aujourdhui
composé de sénateurs élus directement et de sénateurs issus des
assemblées régionales et communautaires. Il y a donc eu une adaptation
de la structure du Sénat à la structure nouvelle et fédérale de la
Belgique.
Cette
expérience est éminemment intéressante. Elle est parfois complexe et
fonctionne relativement bien malgré la diversité de nos systèmes
institutionnels, de nos histoires et de nos traditions. On voit que ces
deuxièmes chambres, dans lexpression de leur représentation locale,
arrivent à répondre à chaque fois dune manière très adaptée à la
réalité sociologique de chacun dentre nous et essaient par cette voie
de trouver des équilibres. Je constate en tout cas que le système belge,
qui est sans aucun doute complexe, est lobjet de beaucoup dintérêt
de plusieurs régions du monde où des problèmes de communauté existent.
Les institutions de la région de Bruxelles, une des trois régions
belges, qui a la particularité dêtre une région capitale du pays, à
85 % francophone dun pays à plus de 60 % flamand, est un
autre exemple des difficultés que peuvent connaître nos institutions.
Pour résoudre cette équation, nous avons inventé une structure régionale
avec un parlement régional qui lui-même, comme une poupée russe, se
divise en assemblées communautaires francophone et flamande, ou
bicommunautaires pour certaines matières. Dès lors, il est évident
quà de nombreuses reprises, par exemple les Israéliens et les
Palestiniens sont venus voir comment nous avions trouvé une solution au
caractère bicommunautaire dune capitale qui doit, de surcroît, être
le siège des principales institutions politiques de lEurope et faire
preuve dune tolérance spontanée et naturelle. Et nous y sommes arrivés,
mais peut-être parce que nous appartenons à un vieux peuple, et un
vieux peuple qui, dans ses villes, a probablement inventé la démocratie
moderne il y a de nombreux siècles. Cela fait de nombreux siècles que
nous avons trouvé la voie pour régler pacifiquement et politiquement nos
problèmes. Et je crois que cest là la particularité et lexpérience
que nous pouvons apporter à la réflexion.
Chers
collègues, avant de conclure, je voudrais peut-être vous redire un
mot de notre prochaine réunion, puisque vous avez eu la gentillesse de
charger le Sénat belge de labriter. Je pense quà ce stade, il est
peut-être bon de commencer par des sujets qui font la base du bicaméralisme.
M. Poncelet a eu la bonne idée de nous faire parler aujourdhui de la
représentation des collectivités locales dans nos Sénats. Je crois que
lautre pilier du bicaméralisme, cest notre rôle dans le cadre des
secondes lectures et de la qualité de la législation. Cest là la spécificité
fondamentale des Sénats, et donc je vous propose quà notre réunion
de Bruxelles, qui se tiendra le mardi 13 novembre prochain, nous
discutions de nos expériences sur le rôle des Sénats en matière de
qualité de la législation. Nos amis italiens nous faisaient part de leur
souhait de voir des documents séchanger entre nous avant la réunion
ce qui nous permettrait de gagner du temps dans nos échanges et dans nos
discussions contradictoires. Chacune des délégations pourrait donc
peut-être faire une brève note sur la manière dont le Sénat ou
la Haute assemblée de son pays aborde cet aspect qualitatif par rapport
à la législation.
Par
ailleurs, dans le cadre de la présidence belge de lUnion européenne,
le Parlement belge, Chambre des représentants et Sénat, organise les 2
et 3 juillet prochains une conférence sur le contrôle parlementaire de
la politique européenne de sécurité et de défense, à laquelle nous
avons invité les présidents des assemblées, Chambres et Sénats des
pays membres, les présidents des commissions des affaires étrangères et
de la défense des pays membres, mais aussi, le deuxième jour, des pays
candidats à lUnion pour avoir un débat et une réflexion commune sur
la manière dont un contrôle démocratique pourra sexercer dans le
domaine de la sécurité et de la défense européenne. Le Parlement européen
voit ses compétences en la matière limitées à linformation et il
serait par ailleurs dommage que les seuls parlements nationaux, dans une démarche
strictement nationale, contrôlent cette politique. Lors de cette conférence,
les 2 et 3 juillet, nous débattrons de cette question et je lespère,
nous pourrons peut-être arriver à un consensus entre les
participants, qui permettrait de faire du résultat de cette conférence
un élément de la déclaration de Laeken à la fin de la présidence
belge.
M.
Marc Besch, Secrétaire général du Conseil dEtat du Luxembourg :
Le
Conseil dEtat nest pas vraiment un Sénat ; le Luxembourg ne
connaît pas en effet linstitution du Sénat malgré le fait que, de
1830 à 1839, nous faisions partie de la Belgique qui ne connaissait
peut-être pas encore le problème daujourdhui et quà
cette époque-là nos institutions comprenaient un Sénat. Au Luxembourg,
il y a un problème du fait que le territoire est très petit. Comme
chacun le sait, nous comptons 430 000 habitants, et le
constituant a toujours estimé quun Sénat autant quune représentativité
territoriale ne se justifieraient pas. Ce qui ne veut pas dire quau
niveau de la Chambre des députés, il ny ait pas une représentativité
territoriale, dans la mesure où notamment les élections se font par
circonscription électorale. Cependant, les députés, une fois élus,
doivent représenter les intérêts généraux du pays, et non les intérêts
particuliers de leurs électeurs ou de leur région.
Le
Conseil dEtat, qui fait fonction de deuxième Chambre dans la mesure où
il a un droit de veto suspensif de trois mois maximum pour toute loi,
aurait pu constituer un forum représentant des collectivités
territoriales, mais tel nest pas le cas. Les membres du Conseil dEtat
sont en effet nommés par le Grand Duc, ils ne sont pas élus. Sil y a
lieu de remplacer une vacance, la première nomination se fait directement
par le Grand Duc, ensuite il y a une nomination dun des trois candidats
présentés par la chambre des députés, et ensuite sil y a encore un
poste à pourvoir cest par nomination dun de trois candidats présentés
par le Conseil dEtat et ensuite à nouveau une nomination directe par
le Grand Duc. En pratique, la composition du Conseil dEtat tient compte
dans une certaine mesure de la représentation des partis politiques au
sein du Parlement, et surtout de la diversité des qualifications et expériences
des conseillers, donc un peu à linstar du Sénat des Pays-Bas.
Ainsi le Conseil dEtat compte parmi ses membres, à côté dun
certain nombre de hauts fonctionnaires et de magistrats, des personnalités
issues du secteur public, sans toutefois représenter aucun ordre
professionnel comme le Conseil national de Slovénie, ni un territoire. Ce
qui nempêche pas un membre du Conseil dEtat dêtre maire ou
membre dun Conseil communal, tout comme le député à la chambre des députés
peut cumuler ces deux mandats, mais en fait le conseiller dEtat doit
exercer sa fonction en toute impartialité, étant donné quil sagit
plutôt dun travail de nature juridique. Mais, étant donné que le
Conseil dEtat luxembourgeois nest pas élu, il ny a pas non plus
de représentativité territoriale à ce niveau.
Permettez-moi
de conclure en vous exprimant mon étonnement. Je suis toujours parti du
modèle français ou belge, où les Sénats ont une certaine représentativité
territoriale, mais je constate que tel nest pas toujours le cas. Comme
le Président du Bundesrat allemand la très bien dit, il y a une
diversité dans la composition des Sénats qui me rappelle un peu aussi la
diversité de la composition des Conseils dEtat.
En
vue de la prochaine réunion de notre association, japprouve tout à
fait lidée de traiter un sujet tel que la confection de bons textes de
loi. Je voudrais à cet égard faire une suggestion : serait-il
possible délaborer un petit questionnaire afin de donner des réponses
précises et de faire une étude comparée entre les différents systèmes
qui sont, somme toute, assez différents et donc intéressants ? |